ΑΡΒΑΝΙΤΕΣ ΕΙΤΕ ΑΛΒΑΝΙΤΕΣ -ΑΡΚΑΔΙΤΕΣ ?- extraits d’Histoire de l’Albanie (H8 ΠΕΡΙΠΤΩΣΙΣ)


(SUITE DE  7/1/19)

Chapitre 18
Etablissement des Bulgares slaves en Macédoine d’après les auteurs
byzantins Deux faits principaux firent des Bulgares les plus redoutables
ennemis que Byzance ait rencontrés dans ce que les Romains appelaient
Illyrie et qu’on nomme à présent presqu’île Balcanique. De l’Adriatique
à la mer Noire, le peuple repoussait les deux hérésies les plus en faveur
à Byzance et que professaient empereurs et patriarches: le monothélisme
et l’iconolâtrie.
Or en arrivant de la Volga, que firent les Bulgares? Ils prirent
sous leur protection ceux que persécutaient les Grecs. A vrai dire, euxmêmes n’étaient pas chrétiens, mais en politiques habiles, ils se
déclaraient protecteurs de toute la population illyrico-romaine ou
romanisée, c’est-à-dire les Albanais, les Valaques, les Thraces et les
Mésiens.
De là viennent les noms bulgaro-slaves que nous trouvons en
Albanie et en d’autres endroits, où il n’y a jamais eu de populations
bulgaro-slaves. Car il en était alors des noms bulgaro-slaves comme à
présent des passe-ports grecs. Pour jouir de la protection dont les
Bulgares étaient aussi prodigues que les Grecs de passe-ports, il suffisait
d’avoir ou pris, ou traduit en bulgaro-slave les noms qu’Albanais,
Valaques et Thraces donnaient aux lieux, aux villages, aux montagnes et
aux fleuves, chacun dans sa langue.
Le deuxième fait dont nous parlons est l’établissement en Illyrie
de populations étrangères aux Illyrico-Romains. C’est par principe de
tolérance que les chrétiens recouraient à la protection des Bulgares. Ce
fut pour le soustraire aux exactions byzantines que les tribus slaves
établies sur les terres du Bas-Empire invoquèrent la même protection. Or
de là vient qu’à l’occasion tantôt d’une chose tantôt de l’autre, la protection bulgare fut une cause de guerre continuelle entre les rois bulgares et les empereurs byzantins.
Les auteurs grecs prétendent aujourd’hui qu’il en fut des Slaves
macédoniens comme des Valaques. Les uns et les autres ne seraient
venus que tardivement, c’est-à-dire vers la fin du Bas-Empire. Ailleurs,
nous avons prouvé que l’établissement des Valaques en Albanie remonte
à Paul-Emile. Ici nous allons prouver que le remplacement des IllyricoRomains par les tribus slaves remonte à l’époque des empereurs monothélistes et iconoclastes.
Quatre auteurs byzantins, Théophane, Nicéphore, Cédrène et
Zonaras, disent qu’en 687, neuf ans après la fondation du royaume
bulgare en deçà du Danube, la population de la Macédoine était déjà
bulgaro-slave. Ils disent en effet qu’à cette époque Justinien Rhitnomète
refusa de payer aux Bulgares le tribut consenti par son père, qu’il leva
une armée puissante et battit dans les plaines de la Thrace une armée
bulgare venue à sa rencontre, qu’il tourna ensuite vers l’ouest et s’avança
jusqu’à Salonique soumettant de force ou recevant en soumission les
innombrables populations slaves sujettes du roi bulgare.
L’empereur Constantin Porphyrogénète ajoute que Justinien
Rhitnomète établit les Bulgaro-Slaves dans le bassin du Strymon et leur
confia la garde des défilés par où l’on y pénètre.
Jusqu’à ce moment les Bulgaro-Slaves établis en Macédoine et
notamment dans le thème ou vilayet du Strymon pouvaient être regardés
comme des envahisseurs. Mais leur soumission au souverain du pays
rendit légitimes les établissements qu’ils y avaient faits déjà et ceux
qu’ils pouvaient y faire encore.
La chose est tellement vraie que les Bulgaro-Slaves ne furent pas
tous aussi bien traités par Justinien. Ceux en effet qui apposèrent une
certaine résistance à l’empereur grec lors de son expédition en
Macédoine furent transportés au-delà du Bosphore sur les bords de
l’Hellespont, de la Propontide et de la Thrace. Le traitement fait à ses
sujets rendit plus furieux encore le roi des Bulgaro-Slaves. Revenant
donc avec une armée plus nombreuse, il atteignit l’empereur byzantin
dans les gorges du Rhodope et lui tua ou blessa la plupart des siens.
Justinien lui-même courut un très grand danger et n’atteignit Byzance
qu’avec peine.

Le chiffre de la population bulgaro-slave transportée au-delà du
Bosphore ne nous est pas exactement connue, mais l’histoire nous permet
de le porter à cent mille.
Quatre ans plus tard, disent en effet les auteurs gréco-byzantins
(691), Justinien en prit trente mille et les conduisit en personne contre le
Calife Abdel-Melek. Quand les armées furent en présence de vingt mille
Bulgaro-Slaves commandés par Nébule, leurs compatriotes passèrent du
côté des Arabes.
Les femmes, les enfants, les vieux pères et vieilles mères des
fugitifs étaient certes bien innocents de cette défection et de la défaite de
l’empereur byzantin. Cependant, de retour au Bosphore, Justinien détruit
à Leucastre (château blanc) près de Nicomède le reste de cette nation
malheureuse. Du haut d’un rocher qui surplombait la mer, il les fit
précipiter au fond des abîmes (Histoire du Bas-Empire, liv. 62, ch. 9).
Après un tel acte de barbarie, on ne s’étonnera pas de voir les vingt mille
Bulgaro-Slaves émigrés faire dans les rangs arabes une guerre implacable
au Bas-Empire, non plus que de voir sous le règne de Nicéphore
(802-811), les Bulgaro-Slaves du Péloponnèse s’unir aux Arabes de
l’Afrique pour assiéger Patras en Achaïe.
Dans les chroniqueurs byzantins, il est question encore de
l’armée des Bulgares établis en Macédoine. “Cette année,” dit
Nicéphore, “l’empereur Constantin réduisit en servitude une partie des
populations slaves de Macédoine et soumis les autres à l’empire romain.”
Théophane dit ailleurs que sous Irène (782-783), le patrice
Stauroce fut envoyé contre les nations slaves à Salonique et en Grèce,
qu’il soumit le pays au Bas-Empire et qu’il força les habitants à lui payer
tribut.
Evidemment c’est encore des populations bulgaro-slaves qu’il
est ici question et on voit qu’elles étaient répandues non seulement dans
la Macédoine et la Grèce continentale jusqu’au-delà d’Athènes, mais
encore dans le Péloponnèse. Bien plus, dans le Péloponnèse, les colons
bulgaro-slaves étaient si nombreux qu’au dire de l’empereur Constantin
Porphyrogénète: “tout le pays, c’est-à-dire toute la presqu’île était
devenue barbare.”
A ce sujet, le même empereur nous raconte le fait suivant. Venu
à Constantinople, un des grands personnages du Péloponnèse vantait son
origine. Le célèbre grammarien Euphénaeus se moqua de telles
prétentions et lui dit en riant: “Vraiment il vous sied bien de vanter votre origine hellène, vous dont la figure pue le slavisme.” A combien de
prétendus Hellènes ne pourrait-on pas dire encore: “C’est une honte de
vouloir passer pour Hellène, vous dont la figure et le nom puent le
Bulgare, le Valaque, l’Albanais, l’Aral, l’Italien.”
Mais revenons à Théophane, à Nicéphore, à Cédrène, à Zonoras.
Dans ces auteurs il n’est question que du bassin du Strymon, des
environs de Salonique et des fleuves qui l’arrosent.
Le témoignage de Caméniate est d’autant moins révocable en
doute qu’il écrivit à Salonique même et qu’il décrit la ruine de cette ville
par Léon Tripolite comme témoin oculaire. Ajoutez qu’il était lui-même
Bulgaro-Slave autant du moins qu’on peut en juger par son nom. Car en
bulgare kamen veut dire ‘pierre, rocher’ et en Grèce ce nom n’a pas de
signification.
Or Caméniate nous apprend que la plaine de Salonique était
occupée par les Scythes (Bulgaro-Slaves). Les uns, dit-il, tels que les
Dragobitines et les Sagounditines, paient tribut à la ville, les autres à la
nation scythique (bulgaro-slave). Car en bulgare, drag, au neutre drago,
signifie ‘bon,’ et sagounditain vient certain de chagoun, nom que les
paysans bulgares établis en Macédoine donnent encore à une espèce de
manteau ou yagmourlouk en poil de chèvre mêlé de laine. Les Valaques
nomment le chagoun barca, les Grecs tambara, et en Thessalie
gabinitza.
Salonique, ajoute Caméniate, fait un grand commerce. Elle le
doit aux Scythes dont les villes sont populeuses et dont les produits
lucratifs refluent vers cette métropole.
Caméniate remarque en outre que la plaine de Salonique est
arrosée par de grands fleuves, que tous ces fleuves viennent du pays des
Scythes (Bulgares), qu’ils contribuèrent à maintenir l’abondance dans la
ville et que les Scythes ne la désolent plus par leurs excursions depuis
qu’ils ont reçu le baptême.
Néanmoins, lorsque Léon Tripolite attaqua Salonique en 904, le
duc du Strymon ne voulut pas venir au secours de la ville. C’est qu’il
relevait de Siméon, roi des Bulgares, et que les Bulgares étaient alors en
guerre avec les Byzantins.
“Seuls,” observe Caméniate, “les Slaves d’alentour accueillirent
bien les lettres de Nicétas, gouverneur de la ville, et envoyèrent des
combattants. Mais lorsque la ville fut prise par les Sarrasins, ces
auxiliaires slaves se sauvèrent les uns par la porte occidentale, les autres,particulièrement les chefs, s’enfuirent par la porte de la citadelle dont ils
avaient pris les clefs.
Mal défendue par le Grecs et abandonnée par les Bulgaro-Slaves,
Salonique fut prise et Léon en emmena 22,000 habitants.

Chapitre 19
Par vengeance l’empereur grec annexe à son patriarcat iconoclaste
certains évêchés soumis au pape – La primatie illyrienne se conserve
jusqu’en 1767, telle qu’en principe elle avait été constituée par le siège
apostolique – Il n’est pas question d’elle au huitième concile
oecuménique Défendre leurs états contre les Bulgares d’un côté, les Arabes de
l’autre, n’était certainement une petite affaire pour les empereurs de
Byzance. Mais aussi longtemps que va durer le Bas-Empire, ils vont plus
s’occuper à troubler l’Eglise qu’à défendre leurs états. Parmi ces
empereurs bigots hérétiques et persécuteurs, Léon Isaurien occupe un
rang distingué. D’abord il installe un patriarche iconoclaste sur le siège
de Byzance (726), il impose ensuite l’iconolâtrie à Constantinople et les
Grecs s’y soumettent.
Restait le pape. Or non seulement Grégoire II repoussa avec
horreur une pareille hérésie, les Italiens eux-mêmes prirent les armes et
le chassèrent de Rome, de Bénévent et de Ravenne.
Alors il envoie sa flotte contre Ravenne, mais elle est engloutie
par les flots mugissants de l’Adriatique.
Ne pouvant faire un autre mal aux Papes Grégoire II et Grégoire
III, l’empereur grec annexe au siège iconoclaste de Constantinople tout
ce qu’il peut enlever d’églises et d’évêchés au siège apostolique.
Alors que se passe-t-il en Albanie et en Macédoine? C’est ce
qu’on ignore. Il est probable cependant que pour n’y pas faire soulever
le peuple comme au temps d’Anastase, Léon n’y fit pas la guerre aux
images. Et alors au lieu d’être publiques, les relations hiérarchiques entre
le pape et les évêques illyriens restèrent secrètes.
Aussi bien les évêques soumis à la primatie de Ochri de Justinianée conformément aux anciens canons devaient-ils eux-même choisir leur primat. Seule la ratification de leur choix étant réservée au siège apostolique, il aura donc été d’autant plus facile au pape de la leur envoyer secrètement qu’entre l’Italie et l’Illyrie les relations ont toujours
été faciles et promptes.
Vers la fin du sixième siècle, le primat d’Illyrie étant mort et les
évêques illyriens s’étant donné un chef nouveau, conformément à l’usage
établi, Saint Grégoire le Grand leur fit cette réponse:
“Grégoire à tous les évêques d’Illyrie: Elle est grande votre
sollicitude pour nous. Cependant veuillez bien le croire, rien ne saurait
nous être plus agréable et nous être un plus sûr garant de notre bonne
harmonie que le maintient des anciennes coutumes. Or, il résulte des
lettres que nous apportent le prêtre Maximien et le Diacre André
relativement à Jean, notre frère et coévêque, que son élection a réuni tous
vos suffrages et l’assentiment du sérénissime empereur. Le choix d’un
sujet qui réunit ainsi les suffrages de vous tous nous a causé la plus vive
joie. Donc bien volontiers nous accédons à vos désirs, et par notre
assentiment confirmons notre frère et coévêque dans le poste
hiérarchique où il a été promu. L’envoie du Pallium doit vous prouver
lui-même que nous avons ratifié sa consécration. Et comme, selon
l’usage, nous le constituons notre légat, nous croyons devoir
recommander à notre fraternité de lui être soumis en tout ce qui concerne
l’ordre et la discipline ecclésiastique et en tout ce qui n’est pas contraire
aux Saints Canons. Votre empressement à lui obéir nous montrera que
votre choix a été sincère” (ind. 13, an 594-595).
La lettre qui précède fut accompagnée d’un autre par Jean luimême. Saint Grégoire le félicite du choix qu’on a fait de sa personne. Il le constitue son légat et lui donne les instructions nécessaires pour remplir les devoirs de sa nouvelle position.
Plus tard Jean reçut encore de Saint Grégoire deux lettres qui
intéressent l’Albanie. La première est relative à Paul et à Némésion,
évêques de Dioclée. Soutenu par les autorités civiles, Paul avait dissipé
les biens de l’Eglise et fait battre Némésion qu’on lui avait donné pour
successeur. Saint Grégoire veut que Jean, son légat, prenne de concert
avec Constantin, métropolitain de Scodra, les mesures nécessaires pour
mettre fin à ces odieux scandales.
La deuxième est relative au titre de patriarche oecuménique que
prenait Jean de Constantinople, et déjà nous l’avons citée. Voici donc
comment les choses se passèrent en Illyrie jusqu’en 732, et comment elles durent se passer depuis. Le pays fut-il soumis politiquement aux
empereurs grecs, aux rois bulgares, au sultan des Turcs. Le seul
changement substantiel qu’il y ait eu dans les affaires ecclésiastiques fut
provoqué en 1767 par le patriarche grec, et ce fut pour mieux bouleverser
en Illyrie la vieille constitution de l’église catholique.
A ce propos il est bon de remarquer une chose. Il résulte du
rescrit de Justinien I relatif à la primatie illyrienne et de la
correspondance de Saint Grégoire le Grand que le Prévalitane et
nommément Scodra dépendaient ecclésiastiquement de OchrideJustinianée. On voit aussi par Constantin Porphyrogénète et Lucarius que
les Diocléates ou Prévalitains formèrent une principauté indépendante
depuis Justinien (527) jusqu’à Basile le Macédonien (867). S’il faut en
croire Ducange, cette principauté avait pour limite Cattaro au nord et
Durazzo au sud.
Remarquons enfin qu’en l’espace de 227 ans, la primatie
illyrienne, sinon toute entière au moins pour une partie de ses évêques,
ne fut pas soumise au Bas-Empire. Elle ne put donc être enlevée au siège
apostolique ni annexée au siège iconoclaste de Byzance par Léon
l’Isaurien.
Lors donc qu’ensuite Adrien I écrit à Charlemagne: “J’ai conjuré
les empereurs grecs de restituer au siège apostolique les patrimoines qu’il
lui ont confisqués et les provinces qu’ils en ont séparées, mais ils n’ont
pas daigné me répondre. Il faut entendre ceci des fondations pieuses et
des évêques situés en Sicile, en Calabre, à Ravenne et en Grèce, mais
non pas de la primatie illyrienne et de ses évêques.
Tout au plus faudrait-il en excepter Durazzo avec quelques
évêques d’Epire et de Thessalie enclavés dans le Bas-Empire. Aussi bien
l’autorité des empereurs grecs ne fut-elle que nominale soit en Illyrie soit
en Grèce, depuis que sans Héraclius le pays fut couvert d’une population
bulgaro-slave. La preuve sans réplique en est d’ailleurs que, malgré sa
position avancée, Grébena a toujours fait partie de la primatie illyrienne.
Ce n’est pas non plus de la primatie illyrienne qu’il peut avoir
été question dans les débats relatifs aux Bulgares qui eurent lieu à
Constantinople trois jours après que le huitième concile oecuménique eut
été dissous et que toutes les pièces eurent été signées, car à cette époque
les Bulgares avaient Preslava (auparavant Markianople et depuis
Choumla) pour capitale. Boris lui-même dégoûté du monde se retira dans
un monastère dont on voit les ruines aux environs de Choumla.

Du reste on ne paraît pas dans le cours de ces débats fameux
avoir observé que les prétentions grecques roulaient sur une équivoque.
Les Bulgares, en effet, n’avaient jamais été persécuteurs et toujours il y
avait eu parmi eux des chrétientés nombreuses. Déjà sous les ordres de
Vitalien n’avaient-ils pas été défendre à Constantinople le Christianisme
contre le persécuteur Anastase? Et, en 756, Etienne le Jeune ne
conseillait-il pas aux autres moines d’aller se mettre à l’abri des
iconoclastes byzantins dans les montagnes de Scythie (les Balcans) chez
les Parthéniens (Albanais) et en Italie (Hefele, tome 4, pag. 306).
Toujours donc il y avait eu chez les Bulgares des prêtres et des
évêques roumains. Or les Grecs, tous grecs qu’ils étaient, n’affectaientils pas de se dire et de se proclamer Roumains, ce qu’ils font encore
aujourd’hui bien qu’ils ne parlent ni latin, ni valaque, ni bulgare, ni
albanais.
En d’autres termes, si l’on veut bien y regarder de près, on verra
que dans les discussions qui suivirent le huitième concile oecuménique,
il fut question de la Bulgarie orientale ou petite Scythie, mais non pas de
l’Albanie. Il n’y fut pas même question de la Bulgarie occidentale.

Chapitre 20
Ce que Photius et Basile le Macédonien font en 869 pour englober la
Bulgarie et la primatie d’Ochride dans le patriarcat grec – Prédiction du
Pape Jean VIII au roi des Bulgares Grâce à la protection des Bulgares, les primats d’Ochride ne s’étaient pas seulement conservés dans la vraie foi, ils avaient aussi
doucement prédisposé les Bulgares et les Slaves à devenir chrétiens euxmêmes.
Tant qu’il fut seulement question du travail préparatoire qui se
faisait en Illyrie, les Gréco-Bulgares ne paraissent pas s’en être beaucoup
occupés. Aussi bien n’avaient-ils rien de plus à coeur que le triomphe du
monothélisme et de l’iconolâtrie.
Mais lorsque les Bulgaro-Slaves déclareront vouloir être
chrétiens et qu’ils eurent envoyé des ambassadeurs à Rome et en
Allemagne, un subit réveil se fit à Byzance.
Auparavant il n’y était question que de monothélisme et
d’iconolâtrie. Maintenant on n’y pense plus qu’au moyen de mettre à
profit la révolution religieuse qui s’opère en deçà du Danube.
Et voici brièvement ce que Byzance fit alors dans ce but.
Ailleurs nous dirons ce qui se passa en Bulgarie et en Albanie, dans les
royaumes du Preslava et de Prespa.
Un concile oecuménique venait d’être tenu à Constantinople
pour l’établissement d’Ignace à qui Bardas et Michel l’Ivrogne avaient
substitué Photius. Depuis trois jours les débats étaient clos quand, à
l’occasion des ambassadeurs bulgares que Basile avait fait venir en toute
hâte, les Grecs répétèrent la scène qui avait eu lieu au concile de
Chalcédoine.
Cette fois-ci il n’était pas question d’élever le siège de
Constantinople au rang de patriarche, mais d’étendre sa juridiction sur la Bulgarie. Voyant la tournure que prenaient les débats du nouveau club,
Marin et ses collègues tirent de leur carton une lettre spéciale du pape à
Saint Ignace et commencèrent à en prendre lecture: “Dieu me garde de
m’engager dans les prétentions contre l’honneur du siège apostolique. Je
ne suis ni assez jeune pour me laisser surprendre ni assez vieux pour
radoter ou pour faire moi-même ce que je reprendrai dans les autres.”
Ces paroles décèlent en Ignace une grande amertume et un
profond déplaisir pour ce qu’on faisait à ses yeux. Mais s’il avait été
rétabli par Basile et par le pape, il savait aussi que Photius était dans
l’antichambre, prêt à faire tout ce que voudrait Basile. Or Basile voulait
deux chose: 1. se faire reconnaître pour suzerain du royaume bulgare. De
là les mots remarquables qu’il a mis à la bouche des légats d’Orient
répondant à ceux du pape: “il n’est pas juste que vous qui avez quitté
l’Empire des Grecs… conserviez quelque juridiction dans l’empire de
notre prince (la Bulgarie).” 2. Basile voulait peupler la Bulgarie de
prêtres, de moines et d’évêques grecs. Pourquoi? Pour infiltrer au moyen
d’un clergé grec l’esprit et les tendances grecs dans le coeur d’un peuple
néophyte, mais surtout avoir en ces évêques, ces prêtres et ces moines
autant d’espions et d’agents politiques.
Voilà ce que voulait Basile, ce que les légats paraissent n’avoir
pas suffisamment compris, mais ce qu’en vrai Grec, Ignace comprenait
parfaitement. Poussé à bout, il n’avait pas lu la lettre du pape, mais il en
avait assez dit pour engager Basile à se tourner vers Photius.
Aussi voyons-nous Photius reprendre aussitôt les fonctions
épiscopales. Il quitte donc Slenos / Slenia où il avait été relégué, et vient
s’établir au palais de Magnaure près de Sérail Bournou. C’est à
Magnaure, dit Rohrbacher, qu’il établissait des archimandrites et faisait
des ordinations.
Quelles ordinations? L’histoire ne le dit pas, mais on le devine.
Ignace ne voulut rien faire contre la volonté du pape et l’honneur du
siège apostolique. Basile s’adressa à Photius, et Photius ne pouvait se
faire un scrupule d’ordonner des évêques et des archimandrites pour la
Bulgarie, lui qui avait été ordonné par un intrus et qui toujours s’était fait
son plaisir de braver le siège apostolique.
On dit que Photius avait gagné les bonnes grâces de Basile en lui
fabriquant une généalogie. Pourquoi ne l’aurait-il pas gagné en faisant
toute autre chose? Ce qui importait à l’assassin de Michel III était moins
une généalogie fausse que l’agrandissement de ses états.

Dans une lettre dont nous n’avons plus qu’un fragment, Jean
VIII disait à Ignace: “Vous avez écrit que nos prêtres et nos évêques
soient honteusement chassés de Bulgarie.”
Or l’histoire se refuse à mettre sur le compte d’Ignace une lettre
de cette nature, au lieu qu’une pareille lettre est en harmonie parfaite
avec le caractère de Photius.
Mais dira-t-on, Photius aurait alors contrefait la signature
d’Ignace. Et pourquoi ne l’aurait-il pas contrefaite?
Ne fut-il pas constaté en plein concile oecuménique et en
présence de l’empereur lui-même que Photius avait contrefait celle de
Basile et bien d’autres? Ne fut-il pas constaté en plein concile qu’il avait
fabriqué les actes d’un concile imaginaire? Enfin ne porta-t-il pas
l’audace jusqu’à falsifier les lettres du Pape Jean VIII?
De l’aveu du Pape Jean VIII il y avait en Bulgarie des prêtres de
la communion de Photius. Pourquoi n’auraient-ils pas tous été et de sa
communion et de sa fabrique? Au reste, il est curieux d’entendre le petit
fils de Basile nous raconter ce qu’avait fait son grand-père: “Quoique la
nation bulgare,” dit Constantin Porphyrogénète, “parut s’être convertie
et avoir adopté les rites chrétiens, elle n’en était pas moins d’une
instabilité et d’une inconstance pareille à celle d’une feuille agitée par le
vent. A la fin pourtant, grâce aux exhortations de l’empereur Basile et
aux splendides réceptions, à beaucoup de courtoisie et surtout à de
magnifiques largesses et présents, on leur persuada de recevoir un
archevêque, d’y créer plusieurs évêchés et de les y fixer. Ainsi donc,”
ajoute Constantin Porphyrogénète, “au moyen de ces évêques, au moyen
aussi de plusieurs moines que l’empereur avait tirés des montagnes et des
cavernes et envoyés à cette moisson, on leur fit abandonner les usages de
leurs aïeux, et finalement on enveloppa toute la nation dans les filets du
Christ.”
Dans ce curieux passage il y a sans doute bien des choses fausses
ou exagérées. Il n’en resta pas moins vrai cependant qu’aux yeux de
Constantin Porphyrogénète, Ignace n’est pour rien dans l’envoi de ces
évêques et de ces moines, dans les sollicitations faites aux ambassadeurs
ou aux ministres du roi bulgare, et dans les copieuses largesses
habilement distribuées aux uns et aux autres. Tout cela est l’oeuvre de
Basile, nous dit son petit fils et panégyriste.
Mais si le vrai pasteur est resté fidèle à ses devoirs, qui a pu
fabriquer à Basile cet archevêque, ces évêques et les moines? Qui les ordonnait et qui leur imposait ces moines? Evidemment Photius. Celui
qui usurpa le siège de Constantinople sur le patriarche légitime, usurpa
donc aussi la Bulgarie sur le pape. Michel l’Ivrogne l’avait aidé à faire
l’un. Son assassin l’aida à faire l’autre.
Peu après, le Pape Jean VIII écrivant au roi bulgare, lui dit entre
autres: “Jamais les Grecs n’ont été sans une hérésie ou l’autre, hérésie
enfantée tantôt par le patriarche, tantôt par l’empereur de Constantinople.
Toujours les Grecs s’appliquent aux sophismes et à la ruse. En
convertissant du paganisme la nation des Goths, ils les ont infectés des
blasphèmes de l’arianisme. Pareil malheur peut arriver à la nation des
Bulgares.”

(D’ETRE CONTINUE)

Jean-Claude Faveyrial

SOURCE   livre ‘Histoire de l’Albanie

About sooteris kyritsis

Job title: (f)PHELLOW OF SOPHIA Profession: RESEARCHER Company: ANTHROOPISMOS Favorite quote: "ITS TIME FOR KOSMOPOLITANS(=HELLINES) TO FLY IN SPACE." Interested in: Activity Partners, Friends Fashion: Classic Humor: Friendly Places lived: EN THE HIGHLANDS OF KOSMOS THROUGH THE DARKNESS OF AMENTHE
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