Érga kaì Hêmérai – Ἔργα καὶ Ἡμέραι – Труды и дни,mais ton диан (IV)


(ETRE SUITE DE 9/03/16)

L’hiver

Dans l’hiver, lorsqu’un froid violent tient les hommes renfermés, passe, sans t’arrêter devant les ateliers de forgerons (29) et les lieux publics aux brûlants foyers. L’homme laborieux sait accroître son bien même dans cette saison. Ne te laisse donc point accabler par les rigueurs d’un hiver cruel et de la pauvreté. Crains d’être réduit à presser d’une main amaigrie tes pieds gonflés par le jeûne. Le paresseux se repaît de vaines illusions et, manquant du nécessaire, médite en son esprit de coupables actions. L’indigent, privé de moyens d’existence, reste assis dans les lieux publics, et nourrit l’espérance du mal. Au milieu de l’été, dis à tes esclaves : “L’été ne durera pas toujours, construisez vos demeures.” Redoute le mois Lénéon, ses mauvais jours tous funestes aux boeufs, et les glaces dangereuses qui couvrent la campagne lorsque, venu de la Thrace, nourrice des chevaux, l’impétueux Borée agite de son souffle les flots de la vaste mer, resserre la terre et les bois, et, déchaîné sur cette terre féconde, déracine dans les gorges des montagnes les chênes à la cime élevée et les énormes sapins, en faisant mugir au loin les immenses forêts. Les bêtes sauvages frissonnent et ramènent sous leur ventre leur queue engourdie malgré l’épaisseur de leurs poils qui ne les garantit pas des attaques du glacial Borée. Ce vent pénètre sans obstacle à travers le cuir du boeuf et les longs poils de la chèvre ; cependant la force de son souffle ne perce point la laine touffue des brebis. Le froid courbe le vieillard, mais il respecte la peau tendre de la jeune fille qui, tranquille dans ses foyers auprès de sa mère, encore ignorante des plaisirs de Vénus à la parure d’or, après avoir lavé dans une onde pure et parfumée d’une huile luisante ses membres délicats, dort renfermée, la nuit, dans la maison natale, à l’abri des rigueurs de l’hiver, tandis que le polype se ronge les pieds dans sa demeure glacée, au fond de sa triste retraite, car le soleil ne lui montre pas d’autre nourriture à saisir, le soleil qui se tourne vers les contrées et les villes des peuples à la noire couleur et brille moins longtemps pour tous les Grecs. Alors les monstres des forêts, armés ou dépourvus de cornes, grincent des dents et fuient à travers les épaisses broussailles ; tous les animaux qui habitent des tanières profondes et des antres dans les rochers, ne songent qu’à chercher ces abris ; pareils à l’homme à trois pieds (30) dont les épaules semblent brisées et qui penche son front vers la terre, ils se traînent avec effort, en tâchant d’éviter les blancs flocons de la neige.
Dans cette saison, pour garantir ton corps (31), revêts, suivant mon conseil, un manteau moelleux et une tunique flottante jusqu’aux talons ; enveloppe-toi d’un vêtement dont la légère trame est couverte d’une laine épaisse, afin que tes poils hérissés ne se dressent pas sur tes membres frissonnants. Enlace à tes pieds des brodequins formés de la peau d’un boeuf que la force a fait périr et garnis de poils épais dans l’intérieur. Quand le temps de la froidure sera venu, jette sur tes épaules la dépouille des chevreaux premiers-nés et attache-la avec une courroie de boeuf, pour qu’elle te serve de rempart contre la pluie. Couvre ta tête d’un chapeau façonné avec soin et propre à défendre tes oreilles de l’humidité. Car lorsque Borée tombe, l’aurore est froide, et l’air fécond du matin, descendant du ciel étoilé, s’étend sur les travaux des riches laboureurs ; la vapeur émanée du sein des fleuves intarissables, et soulevée au-dessus de la terre par la fureur du vent, tantôt vers le soir retombe en pluie, et tantôt souffle avec violence, tandis que Borée, venu de la Thrace, pousse au loin les épais nuages. Préviens cette tempête et, ton ouvrage terminé, rentre dans ta maison, de peur que du haut des cieux une sombre nuée, t’enveloppant tout entier, ne mouille ton corps et ne trempe tes vêtements. Évite un tel danger ; ce mois de l’hiver est le plus redoutable de tous ; il est funeste aux troupeaux et funeste aux mortels. Alors ne mesure à tes boeufs que la moitié de leur pâture, mais donne plus d’aliments à l’homme ; les longues nuits diminuent les besoins des animaux. Contracte l’habitude pendant l’année entière de régler la nourriture d’après la durée des jours et des nuits, jusqu’à ce que la terre, cette mère commune, te prodigue des fruits de toute espèce.

 

(être poursuivie)

TRADUITES PAR M. A. BIGNAN

NOTES

(29) Chalceion thocon signifie un endroit où l’on fabrique l’airain, un atelier de forgeron. Ces boutiques, comme nous l’apprend Proclus, étaient sans portes ; tout le monde pouvait y entrer et s’y chauffer ; les pauvres y passaient la nuit. Quant au mot leschè, voici ce que rapporte Harpocration : Antiphon dit en son discours contre Nicoclès : “On appelait (leschès)Leschas certains lieux publics où les oisifs venaient s’asseoir en foule.”
Homère a dit : “Tu ne veux pas aller dormir dans la boutique d’un forgeron ou dans quelque leschè.”
Cléanthe, dans son ouvrage sur les dieux, dit que les leschès étaient consacrées à Apollon, qu’elles devinrent semblables aux exèdres (assemblées de gens de lettres) et que quelques-uns reconnaissaient un dieu surnommé Leschinorion.
Les leschès, où l’on se rassemblait pour causer et se chauffer pendant l’hiver, étaient pour les Grecs ce qu’étaient pour les Romains les stationes et les tonstrinae. Proclus dit qu’il y en avait dans Athènes trois cent soixante. On donnait aussi ce nom aux écoles et aux lieux de réunion des philosophes. Pausanias (Phocide, c. 25 ) dit que les Delphiens avaient appelé ainsi un édifice renfermant les tableaux de Polygnote. Du temps d’Hésiode, il ne faut entendre par là que les endroits publics où se rassemblaient les oisifs. Hésiode conseille donc à Persès de ne pas s’y arrêter ; il lui interdit également l’entrée des ateliers de forgerons, parce que l’homme assis devant un foyer contracte l’’habitude de la mollesse et de l’oisiveté. Un passage de Xénophon, dans ses Économiques, atteste que les arts sédentaires pratiqués à l’ombre des arbres ou auprès du feu étaient regardés par les anciens comme propres à énerver l’esprit et le corps et comme indignes de l’homme. L’agriculture passait pour l’occupation la plus noble, parce que c’est en plein air qu’elle s’exerce. La vie antique était presque tout extérieure. 

(30) Hésiode compare les animaux à un homme courbé par la vieillesse. L’épithète de Tripodi fait sans doute allusion à l’énigme du Sphinx rapportée par Diodore de Sicile (liv. 4) :
“Quel est l’être qui est à la fois bipède, tripède et quadrupède ? Oedipe répondit que le sujet de cette énigme était l’homme qui, encore enfant, se traînait sur quatre pieds, qui n’en avait que deux lorsqu’il était grand, et qui, devenu vieux, en avait trois, parce qu’il se servait d’un bâton à cause de sa faiblesse.”

(31) Ces préceptes, relatifs à la manière de se préserver du froid, ne sont curieux qu’en ce qu’ils nous donnent, une idée exacte des vêtements dont les Grecs se couvraient du temps d’Hésiode. Un manteau de laine, des brodequins de cuir de boeuf, une peau de chèvre jetée sur les épaules ne formaient pas une parure bien élégante,  mais nous devons songer que c’est aux habitants de la campagne que s’applique surtout ce costume. Le luxe des habillements avait dû naître déjà dans les villes remplies de riches oisifs et de femmes débauchées. 

source http://remacle.org/

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Job title: (f)PHELLOW OF SOPHIA Profession: RESEARCHER Company: ANTHROOPISMOS Favorite quote: "ITS TIME FOR KOSMOPOLITANS(=HELLINES) TO FLY IN SPACE." Interested in: Activity Partners, Friends Fashion: Classic Humor: Friendly Places lived: EN THE HIGHLANDS OF KOSMOS THROUGH THE DARKNESS OF AMENTHE
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