EN DEMOCRATIE (DIRECTE) IL N’Y A PAS DE GAUCHE OU DROITE .ALLONS ENFANTS DE LA PATRIE ET DE LA MATRIE,POUR UN AVENIR MULTICOLORE


Affinités révolutionnaires. Nos étoiles rouges et noires. Pour une solidarité entre marxistes et libertaires.

Un compte rendu de Jean-Guillaume Lanuque (avec l’aide amicale de Christian Beuvain)

Michal Löwy et Olivier Besancenot ont déjà associé leurs plumes par le passé afin de défendre la figure d’Ernesto Che Guevara dans Che Guevara, une braise qui brûle encore(Paris, Mille et une nuits, 2007)1. Cette fois, leur ambition est autrement plus vaste, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que d’essayer de combler le fossé qui sépare, au sein de l’extrême gauche, les courants marxistes révolutionnaires (sous-entendu trotskystes, ce qui réduit quelque peu le champ d’application …) et anarchistes. On reconnaît là l’analyse qui était au cœur de la fondation du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), et dont la réaffirmation apparaît d’autant plus nécessaire que le projet initial, au vu des départs successifs depuis un ou deux ans, semble en nette perte de vitesse. Sur un plan plus théorique, l’idée semble être de revitaliser le marxisme grâce à la liberté et à la démocratie que véhiculerait l’anarchisme.

Pour ce faire, les deux auteurs proposent un exposé quelque peu éclaté, fait de retours sur des épisodes historiques (avec une place particulière attribuée à la révolution russe), de portraits et de discussions autour de thèmes clefs. Leur parti pris, celui de mettre en valeur les moments de convergence entre anarchistes et marxistes, souffre toutefois d’un caractère quelque peu artificiel, partiel, voire même forcé. Le moment de la Commune de Paris, traité en insistant sur une entente quasi idyllique entre les différents courants révolutionnaires, surprend l’historien2. Se succèdent également éloge du syndicalisme révolutionnaire, des potentialités de l’association CNT/POUM au début de la révolution espagnole, ou du Mouvement du 22 mars, jusqu’aux altermondialistes et aux indignés. Semble s’édifier ici une nouvelle mythologie, axée sur l’action par en bas, en lieu et place du parti révolutionnaire d’avant-garde, longtemps considéré comme centralité théorique et pratique, quasiment oublié aujourd’hui…. C’est ce que confirme le choix de la plupart des figures retenues pour leur métissage politique, véritables personnalités carrefours : Louise Michel, Pierre Monatte, Rosa Luxemburg (dont le rapprochement avec l’esprit libertaire, exemple de parti pris idéologiquement forcé, peut être largement discuté), Emma Goldman, Buenaventura Durruti, Benjamin Péret (resté pourtant un communiste, PCF, trotskyste puis de gauche, tout au long de son existence politique), le sous-commandant Marcos, Walter Benjamin, André Breton et Daniel Guérin. Le fait qu’il soit le dernier cité peut d’ailleurs s’interpréter comme une façon de renouer le fil de sa synthèse « communiste libertaire »….

Quant à la révolution russe, si elle est toujours défendue quant à la prise du pouvoir bolchevique, la collaboration de bien des anarchistes avec celui-ci est soulignée, le tournant étant placé à l’été 1920 quant à leur répression sans faille. Est ainsi mis en accusation le « strabisme politique chronique » (p. 117) des bolcheviques, qui auraient assimilé pouvoir des soviets et pouvoir de leur parti. D’une manière qui dédramatise quelque peu les enjeux, ce que permet le recul de près d’un siècle, Michael Löwy et Olivier Besancenot voient dans la « tragédie » de Cronstadt une divergence, une incompréhension entre deux courants révolutionnaires, plutôt qu’une lutte entre révolution et contre-révolution. Ils prennent surtout clairement position contre Trotsky lui-même, se demandant s’il n’est pas possible de « (…) voir dans la révolte de Kronstadt une preuve que, potentiellement, des forces existaient encore à la base de la révolution, disponibles au combat contre un bureaucratisme croissant ? » (p. 132) Avec cette reconsidération de Cronstadt, qui prolonge d’ailleurs un travail mené depuis déjà au moins une dizaine d’années par plusieurs militants de la LCR, l’œcuménisme est clairement de mise, et on attendra de voir la nature des réactions des uns et des autres pour juger de ses éventuelles conséquences pratiques. Il est toutefois étonnant de voir que les deux auteurs s’appuient sur une brochure d’Alternative libertaire (1921. L’insurrection de Kronstadt la rouge, 2008) pour construire leur exposé, plutôt que sur le livre de Jean-Jacques Marie3. La dernière partie de l’ouvrage aborde les linéaments de la société future à bâtir, insistant sur l’épanouissement de l’individu comme patrimoine commun à l’anarchisme et au marxisme, sur la nécessaire complémentarité entre autogestion à la base et coordination nationale (entre autre), passant par une planification démocratique. Reste toutefois un angle mort : celui de la nature exacte de la prise du pouvoir, autrement dit de la révolution à mener, auquel on peut adjoindre la réflexion sur syndicat et parti révolutionnaire, nécessaires tous deux, mais dont on a du mal à bien voir l’articulation qu’ils devront privilégier avec les formes d’auto-organisation des masses…

L’accent mis sur la Première Internationale ou la Commune de Paris s’inscrit en tout cas pleinement dans la tendance de notre époque, celle des lendemains de l’URSS, qui incitent nombre de militants d’extrême gauche à porter leurs regards ante Octobre 17, dans un XIXesiècle jugé plus serein. Au temps des délimitations tranchées (entre communistes et socialistes, entre communistes et anarchistes, etc…) semble ainsi avoir succédé un temps de rassemblement élargi, au risque toutefois d’y perdre en efficacité théorique. Affinités révolutionnaires4 se pose en tous les cas comme une pièce importante dans le puzzle de l’aggiornamento révolutionnaire qui s’élabore actuellement sous nos yeux.

1Voir l’article de Camille Pouzol, « Vers un renouveau du Che ? Le Che dans la littérature récente », dans le n°1 de la revue électronique de Dissidences, printemps 2011 :http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=92

2Sur ce sujet, voir le livre de Robert Tombs, Paris, bivouac des révolutions. La Commune de 1871, Paris, Libertalia, collection « Ceux d’en bas », 2014, chroniqué sur ce blog :http://dissidences.hypotheses.org/4810

3Jean-Jacques Marie, Cronstadt, Paris, Fayard, 2005, chroniqué sur notre ancien site :http://www.dissidences.net/mouvement_communiste_urss.htm#marie2

4On notera certaines analyses discutables, ainsi de l’URSS de Staline présentée durant la guerre d’Espagne comme cherchant à ménager l’Allemagne nazie, une réorientation qui ne se manifestera que plus tard, lorsque Staline constatera les réticences de la France et du Royaume-Uni à conclure un accord avec lui contre Hitler… De manière plus formelle, le livre semble avoir été relu un peu vite, car il y subsiste des erreurs parfois surprenantes (l’URSS en 1920 ou un PCI « lambertiste » en 1968, par exemple).

SOURCE  http://dissidences.hypotheses.org

 

Louise Michel, rebelle éternelle

Cent ans après sa mort, lettre ouverte à la femme qui a incarné la Commune de Paris.

Chère Louise,

Cette lettre t’aurait probablement agacée, toi, la révolutionnaire qui ne supportait pas le culte de la personnalité. Mais vois-tu, ici en France, cent ans après ta mort, le pouvoir qui mérite toujours notre suspicion ne célèbre que l’anniversaire des vainqueurs. Napoléon fait encore la une, deux cents ans plus tard. La Commune de Paris, première révolution menée par et pour le peuple, ne fait pas parler d’elle, ou si peu. Pourtant, le printemps 1871 a fait entrevoir ce qui n’était qu’un projet : une autre société que le capitalisme s’avérait possible. Trois petits mois, c’est court. Mais quand une révolution brusque le temps, il peut s’immobiliser l’espace d’un instant ­ peut-être des siècles pour toi et tes camarades, sans doute une éternité pour les Versaillais. Une éternité ramassée en quelques lignes dans nos manuels d’histoire, une éternité amputée, rabougrie par le compresseur d’une pensée unique et dominante.

Aujourd’hui, les quelques rues qui portent ton nom jouxtent les boulevards baptisés Thiers ou Mac-Mahon. Oui, Louise, les bourreaux des communards sont toujours encensés alors qu’ils ont fait abattre plus de 30 000 Parisiens affamés mais fiers, éreintés par des mois de siège militaire mais libres. Aujourd’hui, dans ce XVIIIe arrondissement de Paris où tu as enseigné et défendu la Commune, j’observe les touristes qui photographient le Sacré-Coeur ; la plupart d’entre eux ignorent que ce monument a été bâti pour expier les esprits subversifs comme le tien. Aujourd’hui, les «Versaillais» habitent Neuilly. La rue Perronet, où sur une barricade tu avais pendant plusieurs jours donnés le coup de feu pour empêcher l’ennemi de reprendre aux Communards les clés de la ville, ne porte plus la moindre trace des bombardements qui pilonnaient vos abris, vos corps et vos rêves. Aujourd’hui, Louise, à Levallois où tu es enterrée, les exploiteurs ont chassé le populo loin de la ville, à grand renfort de promoteurs. Malgré tout, à Levallois comme ailleurs, ton ombre continue de planer et de porter l’inlassable espoir d’un monde plus juste, d’un vrai changement qui améliorerait le quotidien de millions de personnes. Mais ce changement ne pouvait pas non plus, à ton époque, s’épanouir dans une République cadenassée par la bourgeoisie, fraîchement propulsée par l’essor industriel. Cette République avait bénéficié d’un concours de circonstances : la chute de l’Empire, ridiculisé et vaincu à Sedan par les Prussiens. Ce changement que tu défendais, les nouvelles élites n’en voulaient pas. Alors, plutôt pactiser avec l’ennemi d’hier, mais allié social de toujours, soudé par les mêmes intérêts spéculatifs, les mêmes appétits financiers, que d’établir une union contre-nature avec le peuple de Paris. Plutôt Bismarck que Blanqui ! Voilà le mot d’ordre de Thiers et comparses. Seulement voilà, le peuple de Paris, en ces temps de guerre, possède des armes et des canons. Pas facile pour l’Assemblée repliée à Versailles de récupérer l’attirail. En réalité, ce 17 mars 1871, plus que vos canons, c’est la possibilité de prendre en main votre destin que les Versaillais ont voulu vous ôter. Or l’élan populaire l’emporta sur la réaction, l’insurrection sur l’humiliation et la fraternisation entre les soldats et la garde nationale sur la répression. Ce fut une révolution. Bien sûr, la Commune a eu des difficultés à surmonter et a connu son lot d’échecs. Mais elle peut se vanter d’avoir ouvert une brèche dans la forteresse des idées dominantes : la preuve que révolution et démocratie peuvent aller de pair. Malgré ses limites, l’expérience de la Commune fait encore écho à l’heure où la mondialisation libérale transforme tout en marchandise, y compris la démocratie. La répartition égalitaire des richesses nécessite toujours de prendre à l’infime minorité des puissants pour restituer à l’immense majorité des exploités. Elle réclame toujours de défier le pouvoir incontrôlé qu’exercent ces privilégiés sur l’économie comme sur l’ensemble de la société. La démocratie communaliste fonctionnait du bas vers le haut ; elle combinait suffrage universel et démocratie directe, en garantissant le multipartisme, la liberté de la presse ainsi que le contrôle et la révocabilité des élus.

Ton nom, Louise Michel, reste une offense pour les adversaires du changement, les conservateurs de droite ou de gauche libérale qui affirment que les révolutions mènent toutes à une tragédie sanglante : pourtant pas un seul d’entre eux n’ignore que le mur des Fédérés du cimetière du Père-Lachaise a été éclaboussé du sang des révolutionnaires communards et non de celui des réactionnaires versaillais. Et puis, cette révolution tu l’as conjuguée au féminin, même au féminisme ; la lutte pour l’émancipation des femmes a été un grand combat au sein du mouvement communaliste où les réflexes machistes étaient monnaie courante. Tu as fait partie de celles qui ont placé les femmes aux avant-postes des bouleversements en cours. Les premières manifestations de septembre 1870 ont été menées par des femmes ; des ambulancières à Montmartre, venues en aide aux blessées, ont pris leur fusil pour aller combattre. Des barricades de la place Blanche aux procès des pétroleuses, tu symbolises une génération de femmes que l’agitation sociale mena au premier plan. Voilà ce que tu représentais fièrement à la barbe d’une société capitaliste misogyne et haineuse des salariés : les dirigeants de ce monde-là ne pouvaient que te haïr.

Tu ne te voyais pas en martyre, ni en sainte laïque ou en vierge rouge. Certes tu aimais le goût de la poudre, mais tu n’avais pas la tendance suicidaire que certains spécialistes aiment à déceler chez quiconque ­ surtout s’il s’agit d’une femme ­ ose braver une armée de puissants. Tu étais curieuse de la vie que tu croquais à pleines dents et tu croyais en un avenir meilleur, toi la poète, l’apprentie scientifique, l’artiste, l’institutrice.

Pour toi, la révolution n’était pas une mode, elle rimait avec ténacité. Etre révolutionnaire, c’est l’être au-delà du cours de l’histoire, même quand il ne favorise pas la révolution. Près d’une décennie passée au bagne en Nouvelle-Calédonie n’aura pas eu raison de ton engagement. Bien au contraire, aux premiers pas de ton retour d’exil, plus combative encore, tu braves de plus belle la répression. Pourtant, les vestes politiques se retournaient volontiers à l’heure où tu brandissais toujours ton drapeau en dépit des années de prison et des procès. Ce drapeau appartient à celles et à ceux qui ne renoncent pas à changer le monde. Ce drapeau, loin du poncif du «grand soir» que les révolutionnaires seraient condamnés à attendre, entretient encore l’espoir.

C’est ma grand-mère, une institutrice de Levallois, qui m’a parlé de toi la première fois, me racontant comment tu avais défendu le peuple. Elle méconnaissait, je crois, les couleurs de ton drapeau. Depuis, je m’y suis intéressé de plus près. C’est ce drapeau, rouge et noir, que je veux célébrer dans cette lettre.

BESANCENOT OlivierOlivier Besancenot , porte-parole de la LCR.

About sooteris kyritsis

Job title: (f)PHELLOW OF SOPHIA Profession: RESEARCHER Company: ANTHROOPISMOS Favorite quote: "ITS TIME FOR KOSMOPOLITANS(=HELLINES) TO FLY IN SPACE." Interested in: Activity Partners, Friends Fashion: Classic Humor: Friendly Places lived: EN THE HIGHLANDS OF KOSMOS THROUGH THE DARKNESS OF AMENTHE
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