ΑΡΒΑΝΙΤΕΣ ΕΙΤΕ ΑΛΒΑΝΙΤΕΣ -ΑΡΚΑΔΙΤΕΣ ?- extraits d’Histoire de l’Albanie (H1 ΠΕΡΙΠΤΩΣΙΣ)


(ΣΥΝΕΧΕΙΑ ΑΠΟ  10/01/2013)

Chapitre 1
Origine des Albanais – les Pélasges, leurs établissements primitifs – leurs  constructions

Il est généralement admis que les Albanais appartiennent à la  race pélasgique, dit l’historien Cantù (tome 1, pag. 544). Les Pélasges  étaient très anciens pour les Grecs, les plus anciens qui en faisaient une  race fabuleuse comme les Titans et les Cyclopes. Mais leur histoire ne  nous a été transmise que par leurs conquérants, trop barbares eux-mêmes  pour nous fournir des renseignements précis.
Aussi nous apparaissent-ils dans les traditions classiques comme  un fond obscur qui s’évanouit aux regards.
Il n’est donc pas étonnant que les auteurs grecs nous les   dépeignent comme des barbares. “Mais,” répond Cantù, “les faits
prouvent que les Pélasges apportèrent en Grèce, non quelques arts  seulement mais un système entier de croyance, d’arts et de lettres. Ce fut  une race aussi bienfaisante qu’infortunée. Leur langue plus voisine du  latin que du grec se conserva dans le dialecte éolien et dans l’épirote que  les Hellènes qualifiaient de barbares.”
Vers l’an 1900 avant J. C., les Pélasges occupaient tout le pays  de lOrno au Bosphore. Partout ils élevèrent beaucoup de forteresses, sous  le nom de Larisse en Thessalie et en Grèce, de Tursis en Italie. Leurs  principaux sanctuaires furent Dodone en Epire, Les Cabirs en  Samothrace, Eleusis en Attique.
Même sous le voile de fables, ajoute Cantù (tome 1, pag. 548)  percent les bienfaits qu’ils apportèrent avec eux. C’était sur les flancs du  Pinde, de l’Olympe, de l’Hélicon, résidence des Pélasges, que les Grecs  faisaient naître la religion, la philosophie, la musique, la poésie. Sur les  rives du Pénée, Apollon fait paître les troupeaux. Orphée apprivoise les  bêtes féroces. En Béotie, Amphion élève des villes au son de sa lyre,c’est-à-dire qu’il employa les beaux arts à étendre la civilisation.
Les royaumes d’Argos et de Sicyone, les plus anciens de la  Grèce, furent fondés par les Pélasges. Les dynasties de Thèbes, de
Thessalie, d’Arcadie, de Tirynthe, de Mycènes, de Lycosure, la plus  antique cité de la Grèce, sont pélasges elles aussi. Viennent les Hellènes.
Non contents d’avoir vaincus les Pélasges, ils cherchent encore à les  diffamer. Guerriers, ils jettent le mépris sur cette race agricole et  industrieuse, ils les chassent même de la Thessalie qu’ils cultivaient  depuis deux siècles et demi. Que devient alors ce peuple malheureux?
Les uns se retirent en Arcadie, en Crète, en Epire, en Italie, en Sicile.
Mais tous ne peuvent pas fuir. Ce qui en reste est réduit en servitude.
De là vient que bientôt on compte, en chaque état de la Grèce,dix fois plus d’esclaves que de citoyens. Il y en avait 350,000 en Attique,450,000 à Corinthe, 460,000 à Egine, et selon Athénée l’Arcadie en  contenait 300,000. A eux tous, poursuit Cantù, les états de la Grèce en  réunissaient 20,000,000 (Cantù tome 2, pag. 186).
Quelques philologues prétendent que les Pélasques parlaient  grec. Mais l’idiome albanais qui existe encore et qui, plus ou moins pur, est incontestablement un idiome pélasgique, prouve à lui seul, combien  le pélasge différait du grec. Du reste, Hérodote qui se pose cette même  question à une époque où plusieurs noyaux de Pélasges existaient encore,affirme qu’ils parlaient une langue barbare, et il ajoute qu’en devenant Hellènes, les Athéniens eux-mêmes changèrent de langage (Hérod.,liv. 1, ch. 57 et 58).
Finalement nous apprenons de Justin que les Macédoniens  étaient de race pélasgique. Par Quinte-Curce et Plutarque nous voyons
aussi qu’entre le grec et le macédonien il existait une différence telle que,comprenant une de ces langues, on ne comprenait pas l’autre. Et enfin,Strabon nous apprend qu’à l’idiome, aux habitudes, à l’habillement et à  beaucoup d’autres choses on voyait que les Macédoniens et les Epirotes  étaient un même peuple. Strabon dit encore que de son temps beaucoup  donnaient encore à l’Epire le nom de Pélasgie.
Il n’est donc pas un moment douteux que les Albanais soient  Pélasges, et que leur idiome soit encore le mieux conservé des idiomes  pélasgiques. Qu’avaient fait les Pélasges en Grèce pour y avoir été traités  comme on voit par les Grecs?

C’est ce que nous ignorons. Des auteurs pensent néanmoins que  l’abondance et l’aisance auraient fini par les corrompre.
Dieu aurait alors suscité les Grecs, peuple d’autant plus barbare  et rapace qu’ils étaient plus pauvres et plus avides des richesses
laborieusement acquises par les Pélasges en défrichant un pays vierge.
Sans doute que les Pélasges résistèrent. Il y aurait donc eu entre  les Pélasges et Grecs une lutte aussi effroyable que longue. Dépouillésfinalement de tout, les premiers furent ou faits esclaves (hilotesis) et  réduits à cultiver leurs propres champs pour le compte des usurpateurs, ou montés sur des esquifs, ils allèrent chercher un asile ailleurs, ou bien  semblables à des aigles, ils se réfugièrent sur les hautes montagnes.
Par là s’explique l’établissement des Pélasges en Albanie et sur  les crêtes du Pinde. C’est par ce qu’ils y auraient été inattaquables
qu’eux-mêmes auraient pris ou que d’autres leur auraient donné le nom  de Schkipetars.
Quant aux monuments cyclopéens, il n’est pas douteux que tous  soient l’oeuvre des Pélasges. Leurs énormes pierres sont toutes taillées  en polyèdres irréguliers. Aucun ciment ne les rattache l’une avec l’autre.
Ces murs se soutiennent par leur propre masse et par la perfection avec  laquelle tous les joints sont raccordés les uns avec les autres.
C’est sur les monuments cyclopéens que les Grecs, les Romains  et d’autres ont assis plus tard leurs propres constructions. On les trouve  nombreux, non pas seulement en Grèce, en Thessalie, en Epire, en Italie,en Sardaigne et en Sicile, mais encore dans l’Asie Mineure, l’Espagne,la France méridionale, la Macédoine et la Thrace.
“Dans aucune contrée de la Grèce autant qu’en Epire on ne  trouve des traces de la domination et de la civilisation des Pélasges.
Quarante-cinq villes offrent des restes de constructions pélasgiques. Dans  la plupart, cette construction est sans mélanges; dans quelques unes  seulement la bâtisse hellénique est d’une époque postérieure. Parmi ces  villes on cite: Dodone, Ephyre, Ambrasie, Elatée, Pandosia, Buchete  etc.” (Précis d’Histoire Ancienne par Poirson et Cayx, pag. 195).
Dans leur dictionnaire d’histoire, Dézobry et Bachelet disent:

“Tout atteste dans la Thessalie, le séjour des Pélasges, les cimes du  versant oriental du Pinde sont couronnées de leurs enceintes massives,et la plaine du Pénée qu’ils semblent avoir les premiers cultivée, est  appelée par Homère Argos pélasgique. Larisse occupe le centre de ce  riche bassin où l’on rencontre encore les débris de canaux, de chaussées  et de digues antérieures aux Hellènes. Le canton le plus central et le plus  fécond du pays a porté le nom de Pélasgiotide” (art. Pélasges).

Chapitre 2
Tribus primitives de la basse et de la haute Albanie

“Les Ibères,” observe Desdevises, “les Illyriens, les Mèdes, les  Albaniens, les Parthes, les Vénètes sont des tribus de même origine. On  les trouve à la fois en Europe et en Asie et ils s’établissent de préférence  dans les pays montueux. Leur opiniâtreté à s’y maintenir se révèle  partout dans le monde ancien” (Macédoine ancienne, pag. 18).
D’après les conjectures du même auteur, les Illyriens auraient  passé en Europe divisés en trois corps. C’est au troisième que se
rattacheraient les Labéates, les Enchéliens, les Dassarètes, les  Parthéniens, les Lyncestes et autres peuples occidentaux de la région  macédonienne. Illyriens et Pélasges seraient homogènes, c’est-à-dire  proches parents, mais il y aurait entre eux cette différence que les  premiers seraient venus par le Danube et les seconds par l’archipel, de là  leur nom des Pélasges.
Ne pourrait-on pas dire aussi que les Pélasges formaient comme  une avant-garde , que les pays où ils se fixèrent étant plus fertiles, ils les  cultivèrent avec une espèce de fureur qu’ils s’y corrompirent par un  excès de bien-être?
Les sanctuaires pélasgiques: Samothrace, Eleusis, Dodone  passent en effet pour avoir été des centres d’immoralité.
Quoiqu’il en soit de l’origine commune des Illyriens et des  Pélasges, c’est autour de Ragusa que les Enchéliens se seraient établis.
La Ragusa vecchia ayant été construite sur l’emplacement d’Enchélie.
Les Rhizonites (golfe de Cattaro) et les Agravonites  monténégrins compris avec les Enchéliens dans la division d’Anicius
(168) auraient habité plus au sud: des bouches de Cattaro à l’embouchure  de la Boyana, et de l’Adriatique au Dormitor.

Plus à l’intérieur, de l’Herzégovine à Prisrend, nous remarquons  les Autariates que Rome éloigna de la mer et força de cultiver la terre.
Viennent ensuite du nord au sud les Ardyéens et les Scordisques  (Gaulois d’origine).
Au sud des Rhizonites, on trouve d’abord les Colciniates (Dulcigno) et les Labeates; ceux-ci à l’est, ceux-là à l’ouest du lac de
Scodra (Scutari). Ensuite les Taulantiniens, les Parthéniens et les Albans  ou Skirtons (Schkipetars) de Ptolémée que Pline divise en douze tribus,et au sujet desquels, Pouqueville a fait l’observation que voici:

“Etrangers, aux partages, et aux distributions de pays que se font  les conquérants macédoniens et autres, du haut de leurs montagnes, ils  assistent à la chute des empires et, sous quelque nom qu’on les désigne,
ils semblent défier les maîtres éphémères du monde qui peuvent à leur  gré tracer des frontières et envahir des provinces, mais auxquels  l’irrésistible puissance de Dieu ne permet pas plus d’effacer le type de  nations que d’aplanir les montagnes et détourner le cours des fleuves”
(Pouqueville, tome 3, pag. 194).

Descendons plus au sud. Ici des monts Acrocérauniens au golfe  Ambracique nous trouvons les diverses tribus épirotes. Théopompe en  compte 14, mais les trois principales semblent avoir été la Chaonie au  nord, dans l’Acrocéraune, la Thesprotie au sud avec de Caco-Souli au  centre, et la Molosside au pied des montagnes.
L’Albanie n’étant séparée de l’Italie que par l’étroit goulot de la  mer Adriatique, on ne doit ici rien laisser d’inaperçu. Alors surtout que  le voisinage d’un côté et de l’autre une communauté d’origine donneront  lieu à des faits politiques.
Or nous trouvons par exemple le nom de Chone semblable à  celui de Chaone, la rivière Achérontia semblable à celui du fleuve
Achéron, et puis une vieille tradition fait amener en Italie de nombreux  Illyriens par Peucétius, Daunus et Japyx. En faut-il davantage pour nous  faire rattacher “aux Pélasges d’Italie, cette race illyrienne que Strabon  nous représente comme mêlée à la population pélasgique d’Epire”(Dézobry, art. Pélasges).
Enfin Polybe nous apprend (liv. 2, ch. 2) que: “les Illyriens  étaient ennemis de toute la Grèce,” preuve nouvelle que les Illyriens
étaient de même race que les Epirotes et qu’ils tenaient pour fait à euxmêmes  ce que les Grecs avaient fait aux Pélasges.

Jean-Claude Faveyrial

A propos de l’auteur
Jean-Claude Faveyrial naquit le 25 mars 1817 à Usson en Forez,village des montagnes de l’Auvergne à l’ouest de Saint Etienne. Son père  s’appelait Pierre Faveyrial et sa mère Jeanne M. Bachelard. L’auteur fit  ses études secondaires aux séminaires de Lyon et vint à Paris en 1843 à  l’âge de vingt-six ans, où il fut admis dans la Congrégation de la Mission  Lazariste le 11 mars. Le 1 juin 1844 il fut nommé sous-diacre et six mois  plus tard, le 18 décembre, diacre. Ayant fait ses voeux le 13 mars 1845,
il reçut le sacrement de la Congrégation et devint prêtre le 17 mai de  cette année. Aussitôt, le 1 juin 1845, fut-il envoyé en tant que
missionnaire à Santorin en Grèce comme premier placement, malgré le  fait qu’il voulait aller en Chine. En juillet 1847 on le retrouve à  Constantinople où la Congrégation entretenait une maison qui était d’une  importance considérable pour les activités de l’église catholique dans  l’empire Ottoman. C’est ici à la Maison Saint-Benoît que l’auteur passe  les années décisives de sa vie et où se réveille chez lui un intérêt  particulier pour les ethnies diverses de la Turquie en Europe, c’est-à-dire  du sud des Balkans. En 1866 il fut envoyé à Salonique et puis en 1867  à Monastir (Bitola), ville qui se trouve aujourd’hui dans le sud-ouest de  la République de Macédoine. A l’époque, Salonique et Monastir étaient  des villes de population hybride et d’importants centres de commerce de   l’empire Ottoman. La Turquie en Europe fut peuplée bien sûr non  seulement de Turcs et de Grecs, mais aussi de Bulgares, peuple slave  qu’on appelle aujourd’hui dans cette partie de la péninsule des  Macédoniens, de Valaques ou Aroumains qui parlent une langue romaine  liée au roumain de la Roumanie, et enfin d’Albanais avec leur langue  particulière qui était rarement mise à l’écriture à l’époque. A l’exception  d’un court séjour à Albi en 1878, Faveyrial semble avoir passé presqu’un
demi-siècle dans le sud-est de l’Europe, principalement à Monastir et à  Constantinople.
C’était entre 1858 et 1867 à la Maison Saint-Benoît aux rives du  Bosphore que Faveyrial a commencé à rassembler une bibliothèque  historique de livres rares concernant les Albanais, les Bulgares et les  Valaques. Il était un érudit curieux d’anecdotes, qui interrogeait avec  soin les voyageurs et les confrères de passage et ne cessait d’écrire tout  ce qu’il avait entendu dire. Faveyrial scrutait l’histoire des peuples du  sud de la péninsule balkanique et les aidait à préparer leur avenir. Il
visitait l’Albanie en 1884 et, ensemble avec M. Apostol Margaritis  (1832-1902), inspecteur général des écoles roumaines de l’Empire  Ottoman, il fondait des écoles à Berat, Korça et Prizren.
De 1859 à 1861, Jean-Claude Faveyrial était, dit-on, l’âme du  mouvement bulgare. Il devint aussi un grand ami des Valaques et, vers  la fin de sa vie, des Albanais. De 1867 jusqu’à sa mort, il servait à  Monastir comme professeur du lycée valaque où il donnait des cours de  français et de philosophie. Avec Margaritis il fondait d’autres écoles  (1880-1893) aussi, cependant sans recevoir d’appointements. Après une  vie de travail intense, Jean-Claude Faveyrial mourut à Monastir le
26 novembre 1893.
Dans son Histoire de la Mission Lazariste de Monastir (1942),Arthur Droulez nous donne des renseignements suivant sur le Père
Faveyrial:
“Le 20 septembre 1866, la Mission s’augmenta d’un  missionnaire déjà célèbre par le rôle qu’il avait joué dans le
mouvement bulgare. M. Faveyrial était un auvergnat. Le village   où il vit le jour, en 1817, Usson dans la Loire, confine au
Puy-de-Dôme, mais appartient au diocèse de Lyon. C’est aux  séminaires de Lyon qu’il fit ses études secondaires et cléricales.
Il fut admis dans la Congrégation en 1843. Il avait eu des  velléités de se faire Jésuite. Il demanda d’aller en Chine ou en
Amérique. Il fut envoyé en Orient. Il se mit à l’étude du grec  qu’il n’avait pas voulu apprendre au Petit-Séminaire. Toute sa
vie, M. Faveyrial passa pour un grand original. Au physique, ses  traits étaient fortement accentués, sa barbe hirsute et son verbe
haut avec un esprit critique et souvent caustique qui n’attirait  guère. Sa faible santé le rendait taciturne et le calfeutrait
frileusement dans sa chambre. Mais cette chambre en désordre  révélait un artiste, ou plutôt un écrivain passionné d’histoire. Il
y étudiait les langues les plus diverses, le turc, l’italien, le  bulgare. Il y rassemblait les livres anciens et modernes
concernant les peuples balkaniques. Il interrogeait les étrangers  de passage et sa plume infatigable ne cessait d’écrire tout ce
qu’il entendait dire. Il fut à Saint-Benoît l’assistant du bon M.Régnier et, par ses boutades, sans doutes, le bourreau de son
supérieur. La question bulgare l’intéressa particulièrement et le journal “La Bulgarie,” dirigé par Tzankof, fut surtout son
oeuvre. Mais la divergence de vues qu’il eut avec Mgr. Brunoni  mécontenta celui-ce au point qu’il exigea l’éloignement du
missionnaire. C’est dans ces conditions que, brisé et hargneux,M. Faveyrial s’en vint à Monastir. Il pouvait concourir à
l’oeuvre de la conversion des Bulgares, mais la Providence le  destinait, semble-t-il, à s’occuper spécialement de Valaques et
c’est pourquoi il se mit à l’étude de la langue et de l’histoire roumaines (p. 13-14).
Néanmoins, M. Faveyrial marchait toujours. Il traitait la  Question d’Orient au point de vue religieux. Il mettait la  dernière main au Catéchisme Valaque, il achevait une Histoire d’Albanie. Il envoyait de nombreux rapports au Visiteurs, à Mgr  Bonetti, au T. H. Père. Les Albanais étaient maintenant l’objet de ses préoccupations. Après les mouvements bulgares et valaques, surgissait une question albanaise analogue. ‘Les  Albanais,’ écrivait-il, ‘forment une nation, une race forte et  vaillante, qui demande son indépendance. Les Mirdites sont  pour la France comme les Maronites du Liban. Bib-Doda, leur  prince, m’a souvent répété cette parole. Je désire que la  Congrégation s’intéresse aux Albanais comme aux Valaques, et  ne les sépare pas’ (p. 53).”
A cette esquisse très brève des stations principales de la vie de  l’auteur, on peut ajouter quelques renseignements sur Faveyrial qui se  trouvent dans une lettre écrite à Monastir le 27 novembre 1893 par  M. Vincent Dupuy, prêtre de la mission, pour informer la Maison Mère  à Paris de la mort du grand savant de la péninsule:
“Monsieur et très cher confrère. La grâce de Dieu soit avec nous pour jamais! Le 25 novembre à 11 h. 25 de la nuit, M. Faveyrial
a succombé. C’est une pneumonie qui l’a emporté. Il s’est éteint  doucement après avoir reçu les sacrements de pénitence et
d’extrême onction. Il était très attaché aux Valaques et leur avait  rendu de grands services. Ainsi le regrettent-t-ils sincèrement. Il  était dévoué à cette oeuvre importante appelée ‘mouvement  valaque.’ Vous savez que ce confrère professait chez les
Valaques les quatre derniers cours les plus avancés pour le français, y compris le cours de philosophie. Vous savez encore
que dans le collège valaque de Monastir, la langue française est très cultivée. A ce point de vue, l’oeuvre ne manque point
d’intérêt, mais il me semble qu’on souhaite vivement le retour  de ces gens à l’unité catholique. Je connais de vue quatre prêtres
valaques qui, au dire de M. Faveyrial, sont catholiques et  prononcent le nom du Pape Léon XIII dans leur liturgie, mais je
ne puis vous dire si les fidèles de ces prêtres sont également  catholiques. Mon confrère a emporté tous ses secrets dans la
tombe. Jamais, jamais il ne m’a rien dit sur ces questions et voilà  où nous en sommes. Vous voyez que la question est bien
obscure, sauf que M. Lobry à Constantinople peut apprendre  quelque chose parce que dans cette capitale se trouve
M. Apostol Margaritis, le chef civil de ce mouvement de  schisme avec les Phanariotes. Notre M. Faveyrial a travaillé en
Orient pendant un demi-siècle. Il a fait beaucoup de manuscrits.
C’est un travail immense. J’ose demander par vous au T. H. Père  d’envoyer un confrère très capable comme historien et
théologien pour venir examiner ces ouvrages manuscrits. Ce  serait plus simple que de les envoyer à Paris. Il me semble que
la Congrégation pourra profiter beaucoup de ces choses-là. Ce  confrère examinateur devrait rester ici un mois environ pour
parcourir à son aise ces écrits et cette énorme correspondance de  lettres d’affaires concernant les Bulgares, les Valaques et la foi
catholique. Que ce confrère apporte avec lui une lampe ayant  une quinzaine de centimètres de diamètres, car l’écriture de  M. Faveyrial est sui generis et fort difficile à lire…
Souvenirs apportés processionnellement sur la dépouille  mortelle de M. Faveyrial. Ce sont des couronnes de fleurs
naturelles à chacune desquelles est attachée une bande noire de  deux mètres de long. L’une est ainsi: ‘la famille Margaritis,
regrets éternels,’ l’autre ‘au vénérable Père Faveyrial, les élèves  du lycée roumain,’ l’autre ‘le corps de professeurs au P. Jean
Faveyrial.’ Les ingénieurs français ont aussi donné leurs couronnes. Le Consul d’Autriche-Hongrie en a donné aussi une
bien belle. Les catholiques de Monastir ont aussi donné une  couronne et un beau drap mortuaire. Une foule immense est
venue aux obsèques de notre défunt. Il y avait cinq consuls:
autrichien, anglais, roumain, serbe et russe. Le consul grec était  absent de cette cérémonie funèbre. Nous avons fort à nous
plaindre de lui parce qu’au lieu de nous protéger, il nous a  abandonnés, ce qui est cause que l’ambassade de France va nous
envoyer pour consul un Français de France.

M. Faveyrial est du diocèse de Lyon. Il a encore pour tout parent  une nièce mariée et ayant des enfants, je crois. Informez-vous et
apprenez-lui que son oncle est mort d’une pneumonie sans  souffrance apparente. Tout le jour de sa mort où nous l’avons
laissé exposé dans la chapelle ardente, les gens disaient: mais il  dort, ce bon père, il n’est pas mort.”

SOURCES   livre ‘Histoire de l’Albanie’

About sooteris kyritsis

Job title: (f)PHELLOW OF SOPHIA Profession: RESEARCHER Company: ANTHROOPISMOS Favorite quote: "ITS TIME FOR KOSMOPOLITANS(=HELLINES) TO FLY IN SPACE." Interested in: Activity Partners, Friends Fashion: Classic Humor: Friendly Places lived: EN THE HIGHLANDS OF KOSMOS THROUGH THE DARKNESS OF AMENTHE
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