DÉMOCRATIE (suite de 04/12/2008) Charter 5


 

NOTES

1. «Et Nicias était élu stratège (pour la Sicile) malgré lui.» Thuc. VI, 8, 4.

2. Le roi mythique des Athéniens, Erichtone, était fils d´Héphaistos et de la Terre, adopté par Athéna pour laquelle, d´ailleurs, fut destiné le sperme d´Héphaistos. Or la déesse Vierge, protectrice des Athéniens, a repoussé son frère, gardé sa virginité mais le sperme d´Héphaistos trop pressé est tombé parterre et a fécondé la Terre. Voir Mythologie Grecque, Ekdotiki d´Athènes, t. 3, p.p. 20-23.

3. Je traduis la note 2 page 12 du livre : D. Antonakopoulos, La contribution de la reforme politique de Clisthène l´Athénien à la formation de l´état. Ed. Govostis, Athènes, 1976 : “Voir les rapports de toute la presse française du 23 avril 1975. Un groupe d´archéologues et de paléontologues français a découvert en Ethiopie un squelette humain de 60 mille ans. Cette découverte a renversé toutes les données scientifiques connues qui attribuaient à l´”Homo Sapiens” l´âge de 30 mille ans…”

L´anthropologue grec Aris Poulianos attribue à l´être humain qui fabrique des outils un âge beaucoup plus ancien. Voir Aris Poulianos, L´origine des Grecs. Éd. Ekdotiko Athénaïko, 3e édition, Athènes 1968.

4. De l´écriture phonétique grecque, dans laquelle existait la correspondance bi-univoque lettre-phonème, provient l´écriture alphabétique qu´utilisent les langues européennes depuis la Renaissance ; ces langues se servent de la version chalkidienne ou occidentale, dite latine, de l´alphabet grec. La bi-univocité lettre-phonème n´existe plus dans les diverses écritures de provenance grecque, encore que, selon la langue, la bi-univocité n´est pas tout à fait inconnue : l´italien, l´espagnol le russe, en sont tout proche, le français, le néo-grec et surtout l´anglais, très éloignés.

5. L´Église Catholique et les autorités étatiques en Europe occidentale n´ont jamais cessé d´écrire en langue latine. Voir James G. Février, Histoire de l´ É criture, éd. Payot, Paris 1984.

6. Avec le terme “société naturelle” nous entendons les sociétés où les lois, les règles, le mode de fonctionnement, sont posés par la nature que nous ne considérons pas comme une entité logique transcendantale. Ce sont les sociétés des animaux, qui sont naturelles : leurs lois sont léguées par la nature et leur caractère est diachronique et diatopique [topos (τόπος)= lieu, en grec ; cf. topographie], c´est-à-dire les «lois» des sociétés naturelles sont les mêmes indépendamment de temps ou de lieu : les abeilles ou les fourmis, qui vivaient en Australie, il y a des millions d´années, vivent de la même manière en Grèce ou ailleurs aujourd´hui. Tout au contraire, il n´arrive pas la même chose avec les sociétés humaines qui, elles seules, sont des sociétés politiques. L´Homme fait, lui-même, les lois de ses sociétés, en se servant de son logos (λόγος) (au sens double du mot : parole-logique). Les us, les coutumes, les lois ne sont que des créations humaines, malgré l´origine divine qu´on leur attribue quelquefois ; c´est pourquoi ils n´ont jamais eu de caractère ni diachronique, ni diatopique. Les hommes veulent participer à la gestion du pouvoir : c´est le sens du mot «politique». Or la façon de participer à cette gestion ne peut pas être réglée une fois pour toutes ; chaque peuple, chaque époque a sa propre façon de régler le niveau de participation à la gestion du pouvoir. Donc le vote de lois nouvelles et différenciées, selon le temps et le lieu, est humain et politique ; c´est le sens de la définition : l´Homme est un animal politique ; c´est pourquoi les sociétés humaines ne peuvent être caractérisées que comme sociétés politiques. Et pourtant Aristote considère comme animal politique tout animal vivant en société : «Ainsi la raison est évidente pour laquelle l´Homme est un animal politique plus que tous les autres, abeilles ou animaux grégaires.» (Pol. I, 1253a 7-9) Il paraît que le philosophe accepte des grades de politicité. Aristote considère comme politique tout animal vivant en société ; il ne sait pas faire la différence entre un animal qui crée, tout seul, ses lois et un autre qui les reçoit intactes de ses parents. Il s´agit d´une contradiction du   grand maître qui, après avoir décrit 158 constitutions humaines de ses contemporains et une seule des abeilles, a décidé d´attribuer la dimension politique à tout animal vivant en société, puisqu´il s´est laissé influencer par la vie hellénique fortement politique.

7. Pour Aristote, même les relations dans la famille sont des relations de pouvoir et elles sont distinguées en relations a) maître-esclave, b) époux-épouse et c) père-enfant (Pol. I, 1253b 1-12). Et ailleurs : «Toute famille, en effet, est soumise à la royauté du plus âgé, et les colonies sont dans le même cas par suite de la communauté d´origine.» (Pol. I, 1252b 20-22.) Aristote pour dire «communauté d´origine» utilise le mot grec «συγγένεια» qui signifie «relation familiale» ; il faut le noter. Or les sociologues d´aujourd’hui ne peuvent pas, paraît-il, concevoir ce qui, pour Aristote, est complètement évident, c´est-à-dire le caractère dominant-dominé, gouvernant-gouverné de toute relation sociale, de toute relation humaine, -vu que tout groupe d´êtres vivants (et surtout humains) est une société, qui a ses propres lois ou règles. Cela n´est pas du tout étonnant : Aristote vivait dans une société, malgré tout, démocratique qui l´avait muni d´une capacité très large de concevoir les choses -la plus large qui ait existé-, tandis que les sociologues contemporains vivent dans des sociétés oligarchiques, qui limitent sérieusement les capacités intellectuelles humaines.

8. Le mot «logos» (λόγος) en grec signifie la parole et la logique à la fois. La parole, la capacité de parler, a donné à l´Homme la possibilité «d´exprimer … le juste et l´injuste» (Pol. I, 1253a 14-15). «La justice est quelque chose de politique ; en effet, l´organisation de la justice fait partie de l´organisation de la société politique ; or c´est l’exercice de la justice qui détermine ce qui est juste.» (Id. id. 37-38. J´ai un peu modifié la traduction de Jean Aubonnet.)

9. Tous les extraits sont relevés dans l´œuvre de Claude Lévis-Strauss La Pensée sauvage, éd. Plon, Paris, tirage 1966 ; abréviation : L.-S. P.S. ou L.-S. tout court.

10. Plutarque, Solon, XVII, 2.

11. R. Cohen, La Démocratie Athénienne. Éd. P.U.F. Paris, 1936 p.p. 31-32.

12. Le monde dit civilisé nous dira qu´il a fait beaucoup de choses pour l´égalité des deux sexes et qu´il n´y a pas d´inégalité entre les deux sexes. Or, tant qu´il y aura des Parlements ou des Chambres de Députés, dont la moitié ne sera pas composée de femmes, tant que le corps des juges ne sera pas composé à moitié de femmes, tant que le corps sacerdotal en général ne sera pas composé à moitié de femmes, il n´y aura pas d´égalité entre les deux sexes. Tant que le Patriarche de Constantinople et ceux des pays orthodoxes, ainsi que le Pape au Vatican ne seront pas une fois homme, une fois femme, l´égalité ne sera qu´un mythe et la gestion du pouvoir sera destinée à peu de gens, hommes ou femmes, peu importe.

13. Marx considéra la lutte pour le pouvoir, que nous trouvons dans tout groupement humain, comme lutte des gens dont la portée économique est plus faible contre les gens de portée économique plus forte, grosso modo, comme lutte des pauvres contre les riches. En plus, il crut avoir trouvé la loi qui régit cette lutte, et, alors qu´il a «défenestré » le dieu avec «La conception matérialiste (il vaudrait mieux lire ou dire «non-théocratique et technologistique ») de l´Histoire», il a fait entrer «par la voie royale » la transcendantalité avec la cérébralité de ses lois soi-disant historiques. Or la réalité est différente. La lutte des pauvres contre les riches (ou des travailleurs contre les possesseurs des moyens de production, la lutte de classe, comme l´appelle Marx) n´est qu´une partie de la lutte générale pour le pouvoir. La théorie marxiste n´a jamais pu expliquer avec ses termes de lutte de classe, soit les diverses rivalités dans les partis communistes -quand il y avait les partis- soit les rivalités parmi les partis communistes, soit les remous dans les pays de l´ex-socialisme. La réalité est différente ; nous allons le voir plus analytiquement, quand nous parlerons de l´origine et de l´histoire de la démocratie. À présent, contentons-nous de dire que, comme les Grecs l´ont démontré, les régimes non- démocratiques instituent et entretiennent le conflit social, les antagonismes corporatifs, les discriminations raciales et les chauvinismes de toute espèce, et ils donnent ainsi la possibilité de grandes différenciations économiques entre les groupes sociaux, différenciations qui s´élargissent d´un  jour à l´autre. Ceux qui jouissent du pouvoir voient augmenter leur fortune, tandis que ceux qui sont hors du pouvoir voient se rétrécir leurs revenus. Les Grecs ont démontré que ce ne sont pas les classes les plus aisées qui jouissent du pouvoir, par nécessité naturelle, mais que, tout au contraire, ceux qui sont arrivés, d´une manière ou d´une autre, à s´emparer et jouir du pouvoir, deviennent très vite riches ; la Démocratie, comme l´ont vécue nos ancêtres tout au moins, démontra que, si le pouvoir est distribué à tous les citoyens et exercé par tous les citoyens d´une manière égalitaire, le conflit social s´apaise et les différences économiques se réduisent.

À la Renaissance, quand les luttes idéologiques et politiques, qui reniaient les pouvoirs laïques et sacerdotaux, furent facilités par la typographie, toute «l´Intelligence, laïque et sacerdotale », crut que l´enrichissement et la réorganisation économique pourraient délivrer l´Humanité de ses malheurs. (C´était alors que la découverte de l´Amérique avait fait entrer en Europe de grandes quantités de métaux précieux qui firent à leur tour, hausser les prix des produits de petite quantité du Vieux Monde. Ce fut la première grande inflation.) Les philosophes et les érudits ont été amenés à ce point de vue par l´idée -qui pesait comme un axiôme- que la monarchie était un régime stable et efficace, sinon naturel et éternel. C´est pourquoi les premières œuvres économiques ont commencé à paraître. Or les auteurs, bien qu’ ils n’ aient jamais cessé d´examiner la pensée grecque et de s´y appuyer pour écrire, n´ont jamais pu voir : a) que le «politique» précède l´économique », b) que plus le régime est convenable à l´Homme, plus il est efficace de point de vue économique et financier et c) que c´est la Démocratie qui convient le mieux à l´Homme. C´est pourquoi, malgré leur enivrement de l´Antiquité Grecque, les écrivains européens sont restés aveugles aux régimes contemporains et n´ont pu voir que la Démocratie est plus efficace même économiquement, financièrement et fiscalement. Or tout cela, nous le verrons plus clairement en examinant le système fiscal d´Athènes.

14. Il est très caractéristique que le mot “cuisse” est dit en latin : nominatif, femur, génétif, femoris ou feminis (de genre neutre). Nous pouvons comprendre que le mot latin: femina, qui signifie «femme», descend du génétif : feminis ; cela veut dire que «femme» en latin signifie : celle dont les cuisses sont le signe principal ; il s´agit d´une synecdoque. La langue latine décrit la femme comme le sculpteur paléolithique ! Il est vrai que le Dictionnaire étymologique de la langue latine d´Ernout et Meillet propose une autre étymologie du mot latin femina : fe-mina, (celle qui allaite) racine indo-européenne fe- = téter, traire, (cf. grec θη- θῆσθαι) + -mina, désinence d´ancien participe moyen, (cf. grec -μένη). Je préfère mon étymologie. Or, même si l´étymologie d´Ernout-Meillet est la correcte, personne ne peut rejeter la corrélation entre femina et feminis.

15. La plupart des chercheurs acceptent la préséance féminine dans les sociétés anciennes primitives collectrices ; la préséance masculine ne commence qu´avec l´agriculture (voir le livre de Germaine Tillon Le harem et les cousins, éd. Seuil, Paris 1966 et 4e édition 1974). Le Suisse Johann-Jakob Bachofen (1815-1887) utilise dans ses œuvres (Johann-Jacob Bachofen, Das Mutterrcht. Frankfurt am Main : Suhrkamp, 1975 et Das Mutterrecht und Urreligion. Alfred Kröner Verlag. Stuttgart 1984 [1e éd. 1861].) le terme gynécocratie (gynaikokratia) que nous pouvons trouver déjà dans Aristote (Pol. V, 1313b 33). Selon lui, la gynécocratie exista dans le Monde Grec, Égyptien, Romain et Lycien. Lewis-Henry Morgan (1818-1881) dans son Ancient Society examine la gynécocratie chez les Amérindiens surtout mais aussi chez les Grecs et les Romains. L´anthropologue américain examine les structures sociales de ces peuples et il conclut que la gynécocratie dominait leur passé. Engels a écrit son Origine de la famille, de la propriété et de l´État, en s´appuyant sur Morgan.

Dans la préface de cet ouvrage que les «Dioscures du Marxisme » ont commencé ensemble, mais qu´Engels a complété et fini, tout seul, à cause de la mort de Marx (1883), Eléonore Burke-Leacock fait un rapport très complet de toutes les théories qui concernent la Gynécocratie. Autant qu´elle, toute une série de chercheurs, hommes et femmes, (Briffault, Childe, Goodale, Hobgin, Kaberry, Lantis, Lurie, Mason, Mead, Mintz, Murdock, Sahlins,Service, Thwaites, White, voir la bibliographie) démontrent que la Gynécocratie où il y avait l´égalité entre les deux sexes avec préséance féminine (et non pas le Matriarcat) fut une réalité dans les sociétés primitives tant à des époques lointaines, comme le Paléolithique, qu´à des époques plus récentes et même contemporaines.

16. À cette époque la famille nucléaire, c´est-à-dire homme-femme-enfants, n´existait pas, les relations sexuelles étaient pratiquement libres et presque aucune restriction n´était instituée ; même avant d´avoir compris le rôle masculin, les femmes ne se seraient pas accouplées avec n´importe qui, mais elles auraient eu certaines préférences, en délaissant les autres, comme cela se fait même parmi tous les animaux. Il est fort probable qu´après avoir compris le rôle masculin, les femmes prèferaient les meilleurs. Or à l´époque «meilleur » signifiait : corpulent, plus beau, plus humain, plus éloigné du singe enfin. Il est plus ou moins évident que plusieurs femmes s´accouplaient avec le même homme ; cela ne semble pas tellement «féministe », mais c´est une hypothèse qui se défend pour pouvoir expliquer, d´une part la disparition soudaine et rapide de l´Homme de Néanderthal et, de l´autre, l´amélioration aussi rapide de l´espèce humaine. À l´époque le «féminisme», paraît-il, avait un autre sens. En tout cas le dernier pas de l´humanisation de notre espèce fut considérablement plus court et il présuppose un développement indiscutable des lobes cérébraux : la dimension intellectuelle-culturelle et politique avait déjà fait son apparition ; plus l´espèce humaine s´humanise, plus les femmes deviennent sélectives, plus le stade de l´humanisation devient court.

17. L´hypothèse que la fille est plus douée pour les langues et le garçon pour les mathématiques a nombreux défenseurs. Voir Dimitra Kati, Intelligence et sexe (en grec). Éd. Odysseas, Athènes, avril 1990, p.p. 81-119 et la bibliographie très abondante.

18. Aristote a utilisé le terme gynécocratie, le premier, et Bachofen l´a suivi (voir n. 16). Ce terme est correct et plus convenable, tandis que le terme matriarcat ne l´est pas. Durant la Gynécocratie, il y avait une préséance féminine, mais les deux sexes étaient égaux, sans oppression féminine contre les hommes ; il faut bien retenir ce fait. S´il y avait la matrilinéarité, c´était plutôt pour des raisons proprement techniques qu´en égard à la préséance féminine, au début tout au moins, puisqu´on ne pouvait connaître que sa mère à cette époque, la famille nucléaire n´existant pas encore. Le Patriarcat a succédé à la Gynécocratie et le sexe féminin a commencé à être opprimé et mis de côté, non pas par le sexe mâle en général, mais par la classe dirigeante, par l´essaim des chefs, parmi lesquels il y avait -et il y a- même des femmes. Cet essaim dirigeant a pu imposer les institutions qui le soutiennent et par l´intermédiaire desquelles non seulement les femmes sont opprimées mais les hommes aussi dans leur grande majorité. Il y a une différence de nuance très claire entre le verbe grec krato (κρατῶ) -d´où le deuxième composant «-cratie » du mot «gynécocratie »- et le verbe grec archo (ἀρχω) -d´où le deuxième composant «-arcat » du mot «matriarcat ». (Voir plus haut Prol. p. 20 n. 2.) C´est pourquoi non seulement le terme “matriarcat” est faux, mais est également faux le terme androcratie.

19. Quand les êtres humains étaient encore collecteurs, les populations étaient de beaucoup moins nombreuses et les terrains libres beaucoup plus étendus, justement en égard du petit nombre d´humains. C´est pourquoi les groupes divers des collecteurs ne se rencontraient que

très rarement. En tout cas, si la rixe était inévitable, l´engagement ne devait pas être très acharné et ses résultats rarement mortels, mis à part les cas d´anthropophagie : le lieu de séjour n´était pas stable vu que la récolte d´aliments exigeait qu´on se déplace chaque fois que les fruits, les racines et tous les comestibles étaient épuisés dans un endroit. Donc, personne n´insistait ni pour défendre ni pour conquérir n´importe quel pays ; tous étaient de passage dans tous les pays. C´est ainsi que les agresseurs n´insistaient pas, quand ils trouvaient une certaine résistance et les défenseurs concédaient facilement le terrain, chaque fois que l´agresseur était plus fort : tout vaincu allait plus loin pour continuer son pâturage. Aucun lien fonctionnel ne liait les collecteurs d´aliments avec un lieu bien déterminé ni pour le défendre, ni  pour le conquérir : les engagements devaient être fortuits. Or, dès qu´on eut commencé à cultiver la terre, c´est alors que chaque communauté cessa la vie nomade et s´installa dans la terre qu´elle cultivait pour attendre la récolte. Et, naturellement, on défendait la terre et la récolte jusqu´à la mort. Et, si la terre était fertile, il y en avait plusieurs qui enviaient et qui voulaient s´en emparer. C´est ainsi que la guerre est née. Or le mâle humain, par sa nature corporelle même et, peut-être, par sa nature intellectuelle (les deux sexes étant égaux, équivalents ou, plutôt, complémentaires mais différents sur le plan corporel, psychique, intellectuel) l´homme est plus propre que la femme à faire la guerre : a) du point de vue corporel, l´homme est, normalement, plus corpulent, plus fort, tandis que la femme est chargée, en plus, des grossesses, des naissances, de la lactation, des règles ; b) du point de vue intellectuel : l´homme se persuade, paraît-il, plus facilement que la femme d´aller tuer et se faire tuer pour un certain idéal réel ou imaginaire. La mentalité masculine ou, plutôt, patriarcale trouve assez facilement certains idéologèmes qu´elle appelle «idéologies » et elle persuade avec la même facilité les hommes d´aller tuer et de se faire tuer. Quant aux femmes, pour avoir une relation plus étroite avec la vie, elles hésitent, trouvent des difficultés à donner la mort en général et elles détestent les guerres : «Bella matribus detesta», dira Horace (Odes, I, 1, 24-25) . Aristophane, lui, considéra Lysistrata et les autres femmes grecques capables de défaire les armées et de terminer la Guerre du Péloponnèse.

Il me semble impossible que les femmes veuillent persuader ou se faire persuader (tout au moins avec la même facilité avec laquelle parlent et se font persuader les hommes) d´aller tuer et se faire tuer pour des raisons religieuses, économiques, idéologiques de toutes sortes. Je suis absolument sûr que, si les femmes possédaient les postes gouvernementaux et les postes où l´on prend diverses décisions, les différends seraient résolus plutôt par discussion que par les armes. Il est vrai qu´au cours de l´Histoire, aucun gouvernement purement féminin n´a existé de sorte que nous ne pouvons en tirer des conclusions. Nous pouvons faire certaines hypothèses, appuyées sur la Crète minoënne qui, en plus, appartient encore à la Préhistoire étant donné que nous n´en avons pas de textes narratifs. Le peu de textes crétois en linéaire B dont nous disposons, ne sont que des catalogues d´articles commerciaux ; la même chose arrive avec les bulletins en linéaire A dernièrement déchiffrés par Minas Tsikritsis (voir la bibliographie) ; néanmoins nous pouvons aboutir à une série de conclusions plus ou moins acceptables concernant la vie quotidienne et la condition féminine très libérale, ce qui nous permet de parler d´un régime politique, pour lequel nous pouvons utiliser le terme aristotélicien : gynécocratie. Voir Paul Faure, “La vie quotidienne en Crète au temps de Minos 1300 av. J.-C.” éd. Hachette, Paris 1987.

L´Histoire -tout au moins d´après ce que j´en sais- ne nous parle qu´une seule fois

d´un gouvernement, qui n´était composé presque que de femmes. En 1259, la bataille de la Pélagonie (au nord du lac Vegorite, au Nord de la Grèce) eut lieu. L´armée de l´empéreur de Nicée, Michel VIII Paléologue, vainquit l´armée de la coalition des Etats francs qui s´étaient créés en Grèce après la chute de Constantinople lors de la 4e Croissade (1204). Le roi Guillaume et tous les chefs Francs furent faits prisonniers par les Grecs. Le roi Grec, Michel VIII, exigea trois châteaux-forts au Sud du Péloponnèse pour les faire libérer : Malvoisie, Maïna (ou Mani) et Mystras. La Grande Cour était composée de veuves et d´épouses dont les maris se trouvaient prisonniers à Constantinople. Selon les us et les coutumes des Francs, les épouses et les veuves remplaçaient leurs maris dans la Cour des Assises en cas d´absence ou de mort. Les Francs, prisonniers à Constantinople, n´acceptaient pas la reddition des trois châteaux-forts ; les deux seuls chefs, qui restaient à Nicli (ville médiévale, non loin de Tripolis moderne, Paléa Episcopi aujourd´hui), la capitale de la principauté de l´Achaïe, Léonard de Véroli et Pierre de Vaux voulaient garder les trois châteaux-forts, mais les femmes, excédées des guerres et des absences pour des raisons de guerre, votèrent pour la reddition et préférèrent la paix et leurs maris aux murailles. Voir Chronique de la Morée, éd. Ekati, Athènes, vers 4360-4512, p.p. 184-189.

20. D´habitude on dit que les femmes qui n´ont pas eu d´enfants souffrent de névrose connue  sous le nom de névrose de vieilles filles. L´explication habituelle est que ces névroses sont dues à des troubles hormonaux, parce qu´elles n´ont jamais été enceintes. Je proposerai une autre explication : l´être humain qui n´exerce pas, qui n´a pas exercé et sait qu´il n´exercera jamais le pouvoir se sent diminué, privé, aliéné ; le fait était déjà connu dans l´Antiquité Grecque et Aristote le signale : «Donc, pour la foule, le plus pénible et le plus amer des maux politiques était cet esclavage ; pourtant elle avait bien d´autres raisons de mécontentement ; car, pour ainsi dire, elle n´avait aucune participation.» (II, 3). La traduction de l´édition Budé est : “car, pour ainsi dire, elle ne possédait aucun droit”. Je cite le texte grec : «οὐδενὸς γάρ, ὡς εἰπεῖν, ἐτύγχανον μετέχοντες.»

21. Hérodote nous raconte une histoire très significative : les Babyloniens se sont soulevés contre Darius, le père de Xerxès et, quand Darius assiégea Babylone, les Babyloniens, voulant économiser la nourriture, noyèrent toutes les femmes de leurs maisons en les considérant comme inutiles et de trop ; ils n´épargnèrent que leur mère et une seule femme pour chacun, afin qu´elle leur prépare de quoi manger. Voir Hérodote, III, 150.

22. Nous pouvons supposer que, lors de l´absence de la famille nucléaire des premières sociétés humaines, les femmes préféraient se trouver avec les hommes qui rappelaient moins le singe : cela peut être une hypothèse expliquant la disparition rapide et soudaine de l´Homme de Néanderthal.

23. Cf. Thuc. I, 128 et II, 13. Malgré le Patriarcat d´Athènes, le génos de la mère de Périclès l´a emportée sur le génos de son père, s´il y en avait, parce que les Alcméonides furent un génos très fort.

24. Georges Jean, L’écriture mémoire des hommes. Éd. Gallimard, Paris 1987 ; p. 14 de l´édition grecque, Délithanassis, Athènes, 1991.

25. Hérodote nous mentionne, le premier, le mot, (V, 92, 1). Nous en avons déjà parlé dans l´introduction.

26. Les enfants prenaient le nom de leur mère en Crète et en Lycie de l´Asie Mineure, pays colonisé par les Crétois. Le pays d´origine s´appelle, en Crète, métrie ou matrie, (le pays de la mère, μητρὶς en grec), selon le terme homologue patrie (πατρὶς en grec) ; voir Platon, Rép. IX, 575 d ; Plu. 2.792e ; Phérécr. 220 ; Épigr. apud Pausanias 10.24.2. Cf. les mots anglais motherland et fatherland et allemands mutterland et vaterland. Dans le reste de la Grèce, bien sûr, ils portaient le nom de leur père.

À Athènes, le mariage entre frère et sœur de mères différentes (et du même père) était permis, mais il était interdit, si la mère était la même (et les pères différents) ; voir Aristophane, Nuées, v. 1372, commentaire. En tout cas les quelques survivances gynécocratiques ne signifieront jamais que la démocratie à Athènes était une gynécocratie, bien qu´Aristote semble dire que la démocratie extrême ressemble à la tyrannie et elle va de pair avec la Gynécocratie et le comportement lâché des esclaves (Pol. V, 1313b 32-35).

En Grèce, comme la terre ne fut jamais riche, on suivait les directives gynécocratiques de ne pas avoir beaucoup d´enfants ; d´ailleurs ces directives reflétaient l´ancien souci des femmes d´économiser la nourriture. Les Crétois appliquaient le peu de manger (ὀλιγοσιτία) et la séparation des femmes des hommes, afin d´éviter le grand nombre d´enfants (Pol. II, 1272a 22-24). En plus la Mythologie mentionne qu´en Crète Procris a introduit l´usage du préservatif fait de la vessie de chevre (Antonius Liberalis, Métamorphoses). Hésiode conseille la privation d´enfants ou un seul fils (Œuvres et Journées, v. 602 et s.), tandis que Platon dit que la famille idéale doit avoir un garçon et une fille (Lois, V, 740 b-c). Ici il faut signaler l´égalité implicite des deux sexes proposée par Platon ; or cette égalité implicite dans les Lois (œuvre de maturité ou de vieillesse et d´une certaine fatigue du philosophe qui, désespéré, après une vie pleine d´efforts pour une cité idéale, renonce un peu à des théories radicales, pour proposer des réformes moins irréalisables) est explicite dans sa République : «Les femmes participeront, bien entendu, à toutes les choses en égalité avec les hommes…» (Rép. VI, 510 c.). Nous pouvons soupçonner aussi le féminisme de Platon, mis à part le fait qu´il a noté la particularité des Crétois d´appeler μητρὶς leur patrie, même d´un passage d´une écrivaine grecque : Pamphile d´Épidaure, une historienne du Ier siècle de notre ère, dit que Platon fut invité pour établir la constitution de Megolopolis, ville d´Arcadie, mais le philosophe refusa, parce que les fondateurs de la ville n´avaient pas opté pour l´égalité que Platon leur avait proposée ; or, l´égalité politique n´était quelque chose de nouveau pour les Grecs, si ce n´était que l´égalité politique entre homme et femme. Le fait que c´est une femme qui mentionne cette information nous permet de croire au féminisme de Platon. D´ailleurs, les relations du philosophe avec cette région du Péloponnèse et son féminisme sont bien appuyés : La prêtresse Diotima était d´origine de Mantinée, ville qui ne se trouve pas loin de Megalopolis. En outre, un couple de deux jeunes femmes, Laosthénia de Mantinée et Axiothéa de Phlious, ville du Nord du Péloponnèse, qui s´habillait en homme, furent disciples de Platon dans l´Académie. (Diog. Laërc. III, 23 et 46 [Vie de Plat.].

Sparte, seule, faisait exception à la règle de contrôle des naissances, en ayant des lois qui préconisaient l´enfantement nombreux : «Le législateur, voulant accroître le plus possible le nombre des Spartiates, pousse les citoyens à avoir le plus d´enfants possible ; en effet, ils ont une loi qui exempte le père de trois fils du service militaire et celui de quatre de toute imposition.» (Pol. II, 1270b 1-4.)

Sur la position de la femme dans les sociétés primitives ainsi qu´en Crète à part les ouvrages de Paul Faure (voir bibliographie) voir plus spécialement : E.E. Evans-Pritchard, The position of women in primitive societies and other essays in social antropology. Éd. Faber and Faber Ltd, Londres, 1965. Traduit en français sous le titre : La femme dans les sociétés primitives et autres essais d´anthropologie sociale, par Anne et Claude Rivière. Éd. P.U.F. Paris 1971. Riane Eisler, The Chalice and the Blade. Copyright 1987 by Riane Eisler Published by arrangement with Gerd Plessl Agentur. Voir page 113 ssq. de l´édition grecque.

27. Il est remarquable que les religions polythéistes -tout au moins celles de l´Antiquité Gréco-Romaine- ont montré un respect notoire pour la femme en l´acceptant comme prêtresse. De nos jours, l´idée de l´égalité religieuse de la femme semble avancer : l´archévêque de Canterbury, le n° 2 de l´Église Anglicane, a été partisan -il y a quelques années- pour le sacre de femmes comme prêtresses. Il est évident que Mr George Karey est arrivé à une telle décision, exhorté non seulement par le désir de rendre l´égalité à la femme devant Dieu, comme devant la loi, mais aussi par le fait que le n° 1 de l´Église Anglicane est la personne qui assure la charge de roi de la Grande Bretagne ; cette personne a été, assez souvent durant l´histoire des Îles Britanniques, une femme. C´est pourquoi, me semble-t-il, ce pas vers l´égalité religieuse des deux sexes y serait plus facilement réalisé. Finalement, de nos jours (le 11 novembre 1992), les femmes sont reçues à titre égal dans l´Église Anglicane.

Dans la même direction, avec la décision 87 (27 novembre 1987/892), le Saint Synode de l´Église Finlandaise accepte que la femme puisse être prêtresse au même titre que l´homme. La décision est valable à partir du 1er janvier 1988.

28. Voir Aristophane Les Thesmophories. Les Thesmophories était une fête en l´honneur des deux déesses, Déméter, [Δημήτηρ] en grec) et sa fille Coré (Κόρη = fille, en grec), ou Perséphone (Περσεφόνη, Φερσέφασσα). Déméter signifie Terre-Mère, en grec. Il faut noter que Déméter s´appelle Thesmophore durant cette fête, c´est-à-dire celle qui a apporté, donné, les thesmoi, les lois à Athènes, en plus de l´art de l´agriculture. Le fait qu´une déesse (et non

pas un dieu) ait donné les lois et l´agriculture à l´Humanité, est un trait purement gynécocratique. En Crète, c´est Zeus, lui-même, qui donnait à Minos les lois tous les neuf ans (Homère, Od. XIX, 179). Or cela est un trait patriarcal postérieur, vu que Zeus fut le benjamin de Kronos, selon la Mythologie, et le seul qui survécut à son père ; Kronos avalait sa progéniture de peur d´être détrôné et tué par un de ses enfants. Zeus a accompli l´oracle et a fait disparaître son père, après l´avoir obligé à vomir tous ses frères et sœurs qui avaient été  avalés. Déméter se trouvait parmi ces dieux. Il est évident qu´elle était antérieure à son frère Zeus ; elle, comme Terre-Mère, comme Géa (Γῆ, terre, en grec), ou Rhéa, épouse de Kronos, faisait la loi avant Zeus, elle a donné les thesmoi à Athènes, chose qui sous-entend que le régime gynécocratique fut antérieur au patriarcat.

Zeus est appelé «père des mortels et des immortels », sans l´être, à vrai dire. Le chef était respecté (et considéré) comme “père” ; nous retrouvons cette attitude patriarcale répétée dans la tragédie Œdipe-Roi de Sophocle, où Œdipe appelle le chœur des vieux Thébains «Enfants » (Παῖδες) (v.v. 1 et 58), encore qu´il pouvait être leur petit fils du point de vue de l´âge.

29. J´écris «les femmes ne participent plus à la vie politique », parce qu´il y a des indications qu´elles y participaient presque jusqu´à l´aube de l´Histoire. Selon une version du mythe de la nomination de la ville d´Athènes, les hommes ont voté pour Poséidon, tandis que les femmes pour Athéna ; or les femmes étant une de plus, la ville a pris le nom d´Athéna ; cela fut le dernier vote des femmes, Poséidon, Kécrops, le roi Athénien et tout le groupe patriarcal se mettant en colère. (Voir Mythologie Grecque, éd. Ekdotiki Athénon, Athènes, 1986, t. 3. p.p. 17-18.) Dans la même version du mythe, il y a aussi l´information que Kécrops a imposé la monogamie féminine et la famille nucléaire où les enfants prenaient le nom de leur père, alors qu´avant ils prenaient le nom de leur mère.

30. Le vieil oligarque, connu comme pseudo-Xénophon, se plaint de l´impunité des esclaves, qui ne concèdent pas leur place à un homme libre, et il est mécontent de ne pas pouvoir battre un esclave, un métèque ou un affranchi. D´ailleurs à Athènes, on ne pouvait pas distinguer le citoyen libre d´un non-libre ou d´un non-citoyen : les gens du peuple, du Démos, c´est-à-dire la plupart des Athéniens, avaient les mêmes habits, ou presque, que les esclaves. (Ps.-Xén. Politéia des Athéniens i, 10.)

D´autre part la politique sociale athénienne fut beaucoup plus large et beaucoup plus efficace que celle de tout autre État ancien ou contemporain, mutatis mutandis, les riches payant toujours pour le Kœnon (κοινὸν = commun, en grec). (Les Grecs utilisaient ce mot pour exprimer le sens de l´État ; d´où on peut conclure que le mot et le sens du communisme est d´origine grecque, parce que le mot latin communis n´est que la traduction du mot κοινός.) Or, cette attitude, on la retrouve un peu partout en Grèce, étant donné que le mot liturgie, qui fut la base de la politique sociale, n´était pas athénien mais panhellénique.

31. Il semble que tout le monde -en dehors des citoyens Athéniens- était accepté au théâtre, qui était considéré, quand même, comme une deuxième Ecclésia du Démos (Plat. Lois, III, 701 a) : a) les femmes (Vie d´Eschyle, 9), b) les étrangers (Dém. De la couronne, hypothèse de Libanius A 3 et B 2 ; Eschine, Contre Ctésiphon, 34) et c) les esclaves (Ps.-Xén. œ. c. note précéd.). Quand pseudo-Xénophon se plaint, parce que les esclaves restent assis et ne concèdent pas leur place, il parle sûrement d´un des spectacles publics dont le théâtre était le plus fréquenté. Périclès dit que les Athéniens n´empêchaient personne d´assister à quelque spectacle, tandis que les Lacédémoniens en chassaient les étrangers (xénélasies, ξενηλασίαι, Thuc. II, 39).

Il y avait pendant l´Antiquité des fêtes d´inversion pour les esclaves, qui sont considérées comme contre-révolutionnaires (sic) par Yvon Carlan, (Yvon Carlan, Les esclaves en Grèce ancienne, éd. Maspero, Paris, 1982, p. 216). Durant ces fêtes il y avait une inversion de rôles entre les maîtres et les esclaves. En tout cas Aristophane dit que l´esclave peut entrer dans un sanctuaire, tout au moins en accompagnant son maître, (Plutus, v. 627 et suivants). En général, nous pouvons accepter que la vie des esclaves fut suffisamment humanisée en Grèce,

malgré tout, grâce au régime démocratique.

32. Après avoir étouffé la démocratie, Alexandre le Grand réintroduisit l´idéologème de l´origine divine du monarque. La démocratie fut appuyée par 90% de la population, tout au moins à Athènes, et par la majorité de toutes les populations et cités helléniques ; c´est  pourquoi les démocraties n´eurent aucun besoin d´autre appui. Tout au contraire, le monarque n´ayant aucun autre appui, fut toujours obligé d´avoir recours aux êtres transcendantaux. Alexandre essaya de conquérir l´Asie pour gagner la faveur et l´admiration des Athéniens (Plut. Alexandre, LX) ; or, en se rendant compte que, malgré ses exploits presque surhumains, il ne pourrait jamais convaincre les Grecs démocrates, et surtout les Athéniens, qu´il était le seul à qui il valait la peine de se soumettre, le grand Macédonien eut recours à la recette classique de la divinisation. En se faisant déifier, les empereurs Romains continuèrent l´idée d´Alexandre. Constantin le Grand perpétua la tradition monarchique en substituant le commandement de l´Église Chrétienne à l´origine divine : les Chrétiens n´auraient pas accepté l´origine divine de l´empereur, vu que pour eux le dieu n´était qu´un seul et son fils était unique ; néanmoins ils ont accepté d´octroyer le commandement de leur Église à Constantin qui a présidé au Premier Concile Œcuménique, à Nice de la Bithynie (325 après J.-C. sans être baptisé. Les empereurs byzantins ont poursuivi la tradition qu´avait introduite le fils de Sainte Hélène. C´est pourquoi ils sont tous représentés, avec l´auréole ; une fois chefs de l´Église, ils étaient des saints vivants. Peu importait s´ils avaient assassiné leur prédécesseur, la veille.

33. En parlant de l´Homme dans sa fameuse fable (Plat. Protag. 322), Protagoras dit que Zeus a donné la dimension politique à tous les gens, sans discrimination de sexe ou de race. D´autre part, Antiphon prônait l´égalité entre les Grecs et les barbares, tandis qu´Alcidamas disait que “Dieu a laissé tout le monde libre ; la nature n´a rendu personne esclave.” (Voir W. K. C. Guthrie, The Sophists, Cambridge University Press, 1971, ch. VI : Equality, p. 197 et p. 200 réciproquement de la traduction grecque.) Aristote, lui-même, dit : “L´être humain (άνθρωπος, anthropos en grec) est un animal politique” sans faire, lui aussi, aucune distinction entre l´homme et la femme ou entre le Grec et le barbare, le non-Grec. La notion de l´égalité -sur laquelle, d´ailleurs, est fondé le tirage au sort- est très répandue en Grèce. Nous en parlerons plus analytiquement, quand nous allons nous occuper des trois pouvoirs.

34. Pol. II, 1270b 3-10 et Plat. Prot. 316 c-e.

35. Mythol. Gr. Ékdotikè, vol. 4, p. 139.

36. Hormis Aristote qui nous préserve le vœu de Phocylide, -dont nous nous sommes servi comme sous-titre du chapitre-, et qui est considéré comme le fondateur de la philosophie du «Juste Milieu» toute la pensée grecque est possédée par la notion de la mesure, du «Juste Milieu ». Ainsi que l´affirme Euripide : «Des trois parts c´est celle du milieu qui sauve les cités.» (Suppl. 244). Et Aristote, lui-même : «Ainsi donc, puisqu´on accorde que ce qu´il y a de mieux, c´est la mesure du juste milieu, il est évident que, pour les dons de la fortune, le meilleur de tout est d´en avoir moyennement. Obéir à la raison est alors très facile ; au contraire l´excès de beauté, de force, de noblesse ou de richesse, ou bien l´opposé, l´excès de pauvreté ou de faiblesse ou une très grande indignité rend difficile la soumission à la raison : dans un cas apparaissent les ambitieux démesurés (ὑβρισταί, hybristai, selon le texte grec) et plutôt les grands criminels, dans l´autre les malfaiteurs et surtout les petits délinquants : les crimes et délits se commettent soit par démesure (ὕβρις), soit par malfaisance. De plus, les classes moyennes, ce sont elles qui, se dérobant le moins aux charges et les briguant le moins, n´ont pas ces attitudes toutes deux nuisibles aux cités.» (Pol. IV, 1295b 3-13.) Et ailleurs : «La cité, elle, se veut composée le plus possible d´égaux et de semblables, ce qui se rencontre surtout dans la classe moyenne ; en conséquence la cité qui aura la meilleure constitution sera nécessairement la cité faite de ces éléments qui, selon nous, forment la composition naturelle d´une cité.» (Pol. IV, 1295b 25-28.) Et un peu plus loin : «On voit donc également que la communauté politique la meilleure est celle que constitue la classe moyenne et que les cités capables d´avoir une bonne constitution sont justement celles où il existe une classe moyenne nombreuse et si possible plus forte que les deux autres à la fois ou tout au moins que l´une des deux : son appoint fait pencher la balance et empêche l´apparition des excès contraires.» (Pol. IV, 1295a 35-39.) Et ailleurs : «Mais il est évident que la forme moyenne de constitution est la meilleure, car seule elle est à l´abri des factions : en effet, là où la classe moyenne est  nombreuse, c´est là que les factions et les dissidences naissent le moins. Et si les grandes cités sont moins exposées aux factions, c´est aussi pour la raison que la classe moyenne y est nombreuse ; au contraire dans les petites cités, il est facile de diviser toute la population en deux groupes sans que rien ne reste au milieu ; et pratiquement tout le monde y est pauvre ou riche. Les démocraties, de leur côté, sont plus stables et plus durables que les oligarchies grâce à leurs classes moyennes (celles-ci sont plus nombreuses et participent aux honneurs davantage dans les démocraties que dans les oligarchies);…» (Pol. IV, 1296a 7-16) Nous ne finirions jamais en citant les citations d´Aristote ou encore d´autres anciens concernant la supériorité des classes moyennes, le juste milieu, la multitude des citoyens : «C´est pourquoi la masse (ὁ ὄχλος) juge mieux, en bien des cas, qu´un seul individu quel qu´il soit.» (Pol. III, 1286a 30-31.) «C´est pourquoi la multitude (οἱ πολλοί, les gens nombreux) est meilleur juge des œuvres de la musique et de celles des poètes (sic)…» (Pol. III, 1281b 7-9.) Ces mots font exprimer ses doutes à Jean Aubonnet : «S´agit-il de la pensée du Stagirite ?» (Voir Arist. Pol. éd. Budé, t. II p. 269, note 1 sur la page 91 du texte, c´est-à-dire l´alinéa 1286a 31.) Je crois que la plupart des gens auront des difficultés à comprendre les Grecs anciens ; ils seront victimes et aliénés par leurs régimes oligarchiques, quoique républicains assez souvent, qui les poussent vers un surélitisme. Cet élitisme, à son tour, pousse les contemporains à croire que l´Antiquité Grecque n´était que quelques génies charismatiques ; et pourtant, l´Antiquité Grecque était la foule, le Démos, la Démocratie, comme l´exprime Aristote et l´avoue Platon (voir la fameuse épître VII, 324 d, où le philosophe dit que les Trente Tyrans ont démontré, avec leurs crimes, que le régime d´avant [c´est-à-dire la Démocratie] était l´or même) plus avec sa vie qu´avec sa théorie : lui, comme d´ailleurs Socrate et Antiphon, a préféré s´installer et enseigner à Athènes ; nulle part ailleurs, il n´aurait eu le droit de parler si librement ; la Démocratie lui accorda la possibilité de parler même contre elle. Antiphon et Socrate ont préféré rester mourir à Athènes qu´aller vivre ailleurs ; Aristote meurt de marasme ou se suicide, en 322 av. J.-C, à Chalkis de l´Eubée, pour avoir été obligé de quitter Athènes : la Démocratie assurait depuis toujours une vie beaucoup plus acceptable. La civilisation grecque est la civilisation de la foule démocratique ; c´est pourquoi la soi-disant élite n´a pas eu de chance en Grèce. La langue grecque n´a pas de mot pour l´exprimer.

37. Voir Moses I. Finley, L´ínvention de la politique, traduit de l´anglais par Jeannie Carlier, éd. Flammarion, Paris, 1985.

(être continué)

par  Alexandre Kontos

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